‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 197 sur 630 · LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE F, SCÈNE I · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE F, SCÈNE I

SUZANNE

Tiens , Figaro, voilà mou petit diapeau : le trouves-tu mieux ainsi ?

FiGAEO lui prend les mains. Sans compaïaison , ma charmante, Oh! que ce joli bouquet virginal, élevé sur la tête d'une belle fille, est doux, le matin des noces, à l'oeil amoureux d'un époux!...

suz.^NNE se retire.

Que mesures-tu donc là , mon ûls ?

FIGARO

Je regarde , ma petite Suzanne , si ce beau lit que monseigneur nous donne aura bonne grâce ici.

SUZANNE

Daus cette chambre ?

FIGABO.

Il uous la cède.

SUZANNE

Et moi je n'en veux point.

FIGARO

Pourquoi ?

SUZANNE

Je n'en veux point.

FIGARO

Mais encore ?

SUZANNE

Elle me déplaît.

FIGARO

On dit une raison.

Si je n'en veux pas dire.^

FIGARO

Oh ! quand elles sont siîres de nous :

SUZANNE

Prouver que j'ai raison serait accorder que je puis avoir tort. Es-tu mon serviteur, ou non?

FIGARO

Tu prends de l'humeur coutre la chambre du château la plus conunode , et qui tient le milieu des deux appartements. La nuit , si madame est incommodée , elle sonnera de son côté ; zeste , en deux pas tu es chez elle. Monseigneur veut-il quelque chose ? il n'a qu'à tinter du sien ; crac , en trois sauts me voilà rendu

SUZANNE

Fort bien ! Mais quand il aura tinté le matin , pour te donner quelque bonne et longue commission; zeste, en deux pas il est à ma porte, et crac en trois sauts...

FIGARO

Qu'euleudez-vous par ces paroles ?

SUZANNE

Il faudrait m'écouter tranquillement.

FIGARO

F.h (|uest-ce qu'il y a , bon Dieu .?

Il y a , mon ami , que, las de courtiser les beautés des environs , monsieur le comte Almaviva veut rentrer au château , mais non pas chez sa femme ; c'est sur la tienne , entends-tu , qu'il a jeté ses vues, auxquelles il espère que ce logement ne nuira pas. Et c'est ce que le loyal Basile , honnête agent de ses plaisirs, et mon noble maître à chanter, me répète chaque jour, eu me donnant leçon.

FIGARO

Basile! o mon mignon, si jamais volée de bois vert, appliquée sur une échine, a dûment redressf la moelle épinière à quelqu'un...

SUZANNE

Tu croyais, bon garçon, que cette dot qu'on luf donne était pour les beaux yeux de ton mérite .'

FIGARO

J'avais assez fait pour l'espérer.

SUZANNE

Que les gens d'esprit sont bêtes ! .

FIGARO

On le dit.

SUZANNE

Mais c'est qu'on ne veut pas le croire !

FIGARO

On a tort.

SUZANNE

Apprends qu'il la destine à obtenir de moi , secrètement, certain quart d'heure, seul à seule, qu'un ancien droit du seigneur... Tu sais s'il était triste !

FIGARO

Je le sais tellement, que si monsieur le comte, en se mariant, n'eût pas aboli ce droit honteux , jamais je ne t'eusse épousée dans ses domaines.

SUZANNE

Eh bien! s'il l'a détruit, il s'en repent; et c'est de ta fiancée qu'il veut le racheter en secret aujourd'hui.

FIGARO , se frottant la tête.

Ma tête s'amollit de surprise , et mon front fertilisé. . .

SUZANNE

Ne le frotte donc pas !

FIGARO

Quel danger?

SUZANNE , riant.

S'il y venait un petit bouton , des gens superstitieux...

FIGARO

Tu ris , friponne ! Ah ! s'il y avait moyen d'attraper ce grand trompeur, de le faire donner dans uu bon piège , et d'empocher son or !

SUZANNE

De l'intrigue et de l'argent, te voilà dans ta sphère.

LE ISI'AUIAGI': de FIGARO, ACTE 1, SCÈNE III.

FIGABO.

Ce n est pas la lioute qui me retient.

SUZANNE

La crainte ?

FIGARO

Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse, mais d'échapper au péril en la menant à bien : car d'entrer chez quelqu'un la nuit, de lui souffler sa femme , et d'y recevoir cent coups de fouet pour la peine, il n'est rien plus aisé; mille sots coquins l'ont fait. Mais...

(On sonne dans l'intérieur. )

SUZANNE

Voilà madame éveillée; elle m'a bien recommandé d'être la première à lui parler le matin de mes noces.

FIGARO

Y a-t-il encore quelque chose là-dessous?

SUZANNE

Le berger dit que cela porte bonheur aux épou- .ses délaissées. Adieu, mon petit fi, fi, Figaro; rêve à notre affaire.

FIGARO

Pour m'ouvrir l'esprit , donne un petit baiser.

A mon auiaut aujourd'hui ? Je t'en souhaite ! Et qu'en dirait demain mon mari ?

(Figaro l'embrasse.) SUZANNE.

Eh bien ! eli bien !

FIGARO

(>'est que tu n'as pas d'idée de mou amour.

SUZANNE , se défrippant.

Quand cesserez-vous , importun , de m'en parler '\\x matin au soir .'

FIGARO , yiiystérieusement.

Quand je pourrai te le prouver du soir jusqu'au matin.

( On sonne une seconde fois. ) SUZANNE, de loin, les doigts unis sur sa bouche. Voilà votre baiser, monsieur; je n'ai plus rien à vous.

FIGARO court après elle.

Oh ! mais ce n'est pas ainsi que vous l'avez reçu.

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