LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE I, SCÈNE IX
LE COMTE s'avance.
Tu es émue , Suzon ! tu parlais seule , et ton petit cœur paraît dans vuie agitation... bien pardonnable , au reste , un jour comme celui-ci. SUZANNE, troublée.
Monseigneur, que me voulez-vous? Si l'on vous trouvait avec moi...
Je serais désolé qu'on m'y surprît; mais tu sais tout l'intérêt que je prends à toi. Basile ne t'a pas laissé ignorer mon amour. Je n'ai qu'un instant pour t' expliquer mes vues ; écoute.
( Il s'assied dans le fauteuil. ) svzkTi^Ji ., vivement.
Je n'écoute rien.
LE COMTE lui prend la main.
Un seul mot. Tu sais que le roi m'a nommé son ambassadeur à Londres. J'emmène avec moi Figaro ; je lui donne un excellent poste ; et comme le devoir d'une femme est de suivre son mari. . .
SUZANNE
Ah , si j'osais parler !
LE COMTE la rapproche de lui.
Parle, parle, ma chère; use aujourd'hui d'un droit que tu prends sur moi pour la vie. SUZANNE , effrayée.
Je n'en veux point , monseigneur, je n'en veux point! Quittez-moi , je vous prie.
Mais dis auparavant.
susANNE, en colère.
Je ne sais plus ce que je disais.
Sur le devoir des femmes.
SUZANNE
Eh bien ! lorsque monseigneur enleva la sienne de chez le docteur, et qu'il l'épousa par amour; lorsqu'il abolit pour elle un certain affreux droit du seigneur...
LE COMTE , gaiement.
Qui faisait bien de la peine aux filles ! Ah Suzelte! ce droit charmant ! si tu venais en jaser sur la brune au jardin , je mettrais un tel prix à cette légère faveur...
BASILE parle en dehors.
Il n'est pas chez lui , monseigneur.
LE COMTE se lève.
Quelle est cette voix?
Que je suis malheureuse !
Sors , pour qu'on n'entre pas.
SUZANNE , troublée.
Que je vous laisse ici ?
BASILE crie en dehors.
Monseigneur était chez madame , il en est sorti : je vais voir.
Et pas un lieu pour se cacher ! Ah ! derrière e^s fauteuil... assez mal; mais renvoie-le bien vite.
(Suzanne lui barre le chemin; il la pousse doucement, elle recule , et se met ainsi entre lui et le petit page : mais pendant que le Comte s'abaisse et prend sa place , Chérubin tourne , et se jette effrayé sur le fauteuil , à genoux , et s'y blottit. Suzanne prend la robe qu'elle apportait , en couvre le page , et se met devant le fauteuil. )