LE MARIAGE DE FTGARO, ACTE I, SCÈNE TX
BASILE la contrefait .
Cherubino di amore , qui tourne autour de vous sans cesse, et qui ce matin encore rôdait ici pour y entrer, quand je voas ai quittée. Dites que cela n'est pas \Tai ?
SUZANNE
Quelle imposture: Allez-vous-en , méchant homme!
BASILE
On est un mécliant homme , parce qu'on y voit clair. N'est-ce pas pour vous aussi cette romance dont il fait mystère.^
SUZANNE , en colère.
Ah ! oui , pour moi !
BASILE
A moins qu'il ne l'ait composée pour madame ! En effet, quand il sert à table on dit qu'il la regarde avec des yeux !.. Mais peste, qu'il ne s'y joue pas ; monseigneur est brutal sur l'article.
SUZANNE, outrée.
Et vous bien scélérat , d'aller semant de pareils bruits pour perdre un malheureux enfant tombé dans la disgrâce de son maître.
L'ai-je inventé? Je le dis, parce que tout le monde en parle.
LE COMTE se lève.
Comment, tout le monde en parle!
SUZANNE *
Ah ciel !
BASILE
Ha , ha !
Courez , Basile , et qu'on le chasse.
BASILE
Ah ! que je suis fâché d'être entré ! SUZANNE , troublée.
Mon dieu ! mon dieu !
LE COMTE , à Basile.
Elle est saisie. Asseyons-là dans ce fauteuil.
SUZANNE le repousse virement.
Je ne veux pas m'asseoir. Entrer ainsi librement , c'est indigne !
Nous sommes deux avec toi , ma chère. Il n'y a plus le moindre danger !
BASILE
Moi je suis désolé de m'être égayé sur le page , puisque vous l'entendiez ; je n'en usais ainsi que pour pénétrer ses sentiments; car au fond...
Cinquante pistoles , un cheval , et qu'on le renvoie â ses parents.
BASILE
ftlonseigneur, pour un badinage.^
* Chéri-.liin dans: h- fdvteiiil , |p mmtc, Suzanne, Basile.
Un petit libertin que j'ai surpris encore hier avec la fd le du jardinier.
BASILE
Avec Fanchette ?
Et dans sa chambre.
SUZANNE, outrée.
Où monseigneur avait sans doute affaire aussi .'
LE COMTE , gaiement.
J'en aime assez la remarque.
BASILE
Elle est d'un bon augure.
LE COMTE, gaiement.
Mais non ; j'allais chercher ton oncle Antonio , mon ivrogne de jardinier, pour lui donner des ordres. Je frappe , on est longtemps à m'ouvrir ; ta cousine a l'air empêtré, je prends un soupçon, je lui parle , et, tout en causant , j'examine. Il y avait derrière la porte une espèce de rideau, de portemanteau, de je ne sais pas quoi, qui couvTait des bardes : sans faire semblant de rien, je vais doucement, doucement lever ce rideau, [pour imiter le geste il lève la robe du fauteuil. ) et je vois... (// aperçoit le page.) Ah!...
BASILE *
Ha, ha!
Ce tour-ci vaut l'autre.
BASILE
Encore mieux.
LE COMTE , à Suza?i7ie.
A merveille , mademoiselle : à peine fiancée , vous faites de ces apprêts ? C'était pour recevoir mon page que vous désiriez d'être seule.' Et vous, monsieur, qui ne changez point de conduite , il vous manquait de vous adresser, sans respect pour votre marraine, à sa première camériste , à la femme de votre ami ! Mais je ne souffrirai pas que Figaro , qu'un homme que j'estime et que j'aime, soit victime d'une pareille tromperie. Était-il avec vous, Basile .' SUZANNE , outrée.
Il n'y a tromperie ni victime ; il était là lorsque vous me parliez.
LE COMTE , emporté.
Puisses-tu mentir en le disant! son plus cruel ennemi n'oserait lui souhaiter ce malheur.
SUZANNE
Il me priait d'engager madame à vous demander sa grâce. Votre arrivée l'a si fort troublé, qii'il s'est masqué de ce fauteuil.
LE COMTE , en colère.
Ruse d'enfer! je m'y suis assis en entrant.
Hélas , uionseigneur, j'étais tremblant derrière.
^ Siunnnc, r.ti(Tu!)in diDis h- fittitfuil , le Comte, Basile.