‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 213 sur 630 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LA COMTESSE, SOUVidUt.

Mon ruban ?. . . Quelle enfance !

SUZANNE

J'ai voulu le lui ôter : madame , c'était un lion ; ses yeux brillaient... Tu ne l'auras qu'avec ma vie , disait-il en forçant sa petite voix douce et grêle. LA COMTESSE, rècaiit .

Eh bien, Suzon.^

SUZANNE

Eh bien, madame, est-ce qu'on peut faire finir ce petit démon-là.^ Ma marraine par-ci; je voudrais bien par l'autre : et parce qu'il n'oserait seulement baiser la robe de madame , il voudrait toujours m'embrasser, moi.

LA COMTESSE , révaut.

Laissons... laissons ces folies... Enlin, ma pauvre Suzanne, mon époux a lini par le dire...

Que si je ne voulais pas l'entendre , il allait proléger Marceline.

LA COMTESSE se lève et se promène , eu se servant foi'tement de l'éventail.

Il ne m'aime plus du tout.

SUZANNE

Pourquoi tant de jalousie ?

Comme tous les maris, ma chère! uniquement par orgueil. Ah ! je l'ai trop aimé ; je l'ai lassé de mes tendresses et fatigué de mon amour ; voilà mon seul tort avec lui : mais je n'entends pas que cet honnéle aveu te nuise, et tu épouseras Figaro. Lui seul peut nous y aider : viendra-t-il .?

SUZANNE

Dès qu'il verra partir la chasse.

LA COMTESSE , sc Servant de l'éventail. Ouvre un peu la croisée sur le jardin. Il fait une chaleur ici!...

SUZANNE

C'est que madame parle et marche avec action . (Elle va ouvrir la croisée du fond.) LA COMTESSE , rêvaut lonejtemps.

Sans cette constance à me fuir... Les hommes sont bien coupables !

SUZANNE crie, de la fenêtre:

Ah! voilà monseigneur qui traverse à cheval le grand potager, suivi de Pédrille , avec deux , trois , (juatre lévriers.

Nous avons du temps devant nous. ( Elle s assied. ) On frappe , Suzon !

SUZANNE court otivriv en chantant.

Ah! c'est mou Figaro! ah ! c'est mon Figaro!

ItEAUMAKCIlAI^

FIGARO, SUZ4NNE; LA COMTESSE, assise.

SUZANNE

Mon cher ami , viens donc. Madame csl dans une impatience ! . . .

FIGARO

Et toi , ma petite Suzanne? — Madame n'en doit prendre aucune. Au fait , de quoi s'agit-il ? d'une misère. Monsieur le comte trouve notre jeune femme aimable, il voudrait en faire sa niaîîresse; et c'est bien naturel.

SUZANNE

Naturel ?

FIGAEO.

Puis il m'a nonnné courrier de dépêches, et Suzon conseiller d'ambassade. Il n'y a pas là d'étourderie.

SUZANNE

Tu finiras.^

FIGARO

Et parce (|ue Suzanne , ma fiancée , n'accepte pas le diplôme, il va favoriser les vues de Marceline; quoi de plus simple encore? Se venger de ceux qui nuisent à nos projets en renversant les leurs , c'est ce que chacun fait , ce que nous allons faire nous-mêmes. Eh bien, voilà tout, pourtant.

Pouvez-vous, Figaro, traiter si légèremcnl un dessein qui nous coûte à tous le bonheur?

FIGARO

Qui dit cela , madame ?

SUZANNE

Au lieu de l'affliger de nos chagrins...

FIGARO

N'est-ce pas assez que je m'en occupe? Or, pour agir aussi méthodiquement que lui , tempérons d'abord son ardeur de nos possessions , en l'inquiétant sur les siennes.

C'est bien dit ; mais comment ?

FIGARO

C'est d('jà fait, madame; un faux a\is donné sur vous...

Sur moi ! la tête vous tourne !

FIGARO

Oh ! c'est à lui qu'elle doit tourner

Un homme aussi jaloux !. . .

Tant mieux : pour tirer parti des gens de ce caractère, il ne faut qu'un peu leur fouetter le sang •. c'est ce que les femmes entendent si bien! Puis, les tient-on lâchés tout rouge, avec i\\\ brin (rintri.gue

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