‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 257 sur 630 · LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE III, SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE III, SCÈNE XVI

la précautiou qu'on avait prise de me faire des marques distinctives témoignerait assez combien j'étais un fils précieux : et cet hiéroglyphe à mon bras... (Il veut se dépouiller le bras droit.)

MAHCELiNE , SB levant vivement.

Une spatule à ton bras droit?

FIGARO

D'où savez-vous que je dois l'avoir .

MARCELINE

Dieux! c'est lui!

FIGARO

Oui, c'est moi.

BARTHOLO , à Marceline.

Et qui ? lui ?

MARCELINE , vivemcnt.

C'est Emmanuel.

BARTHOLO , à Figaro.

Tu fus enlevé par des bohémiens .••

FIGARO , exalté.

Tout près d'un château. Bon docteur, si vous me rendez à ma noble famille , mettez un prix à ce service ; des monceaux d'or n'arrêteront pas mes illustres parents.

BARTHOLO , montrant Marceline. Voilà ta mère.

FIGARO

... Nourrice?

BARTHOLO

Ta propre mère.

Sa nwe!

FIGARO

Expliquez-vous.

MARCELINE , montrant Bartholo.

Voilà ton père.

FIGARO, désolé.

O 0 oh! aie de moi.

MARCELINE

Est-ce que la nature ne te l'a pas dit mille fois ?

FIGARO

Jamais.

LE COMTE , à part.

Sa mère !

brid'oison.

C'est clair, i-il ne l'épousera pas.

* BARTHOLO

Ni moi non plus.

MARCELINE

Ni vous! Et votre fils ? Vous m'aviez juré...

.l'étais fou. Si pareils souvenirs engageaient, on serait tenu d'épouser tout le monde.

• Ce qui suit, enfermé dans ces deux index, a été retranché par les Comédiens français aux représentations de Paris.

brid'oison.

E-et si l'on y regardait de si près, pcr-crsonne n'épouserait personne.

BARTHOLO

Des fautes si connues ! une jeunesse déplorable ! MARCELINE, s'éclutuffant par degrés.

Oui, déplorable, et plus qu'on ne croit ! je n'entends pas nier mes fautes , ce jour les a trop bien prouvées! mais qu'il est dur de les expier après trente ans d'une vie modeste ! J'étais née , moi , pour être sage, et je le suis devenue sitôt qu'on m'a permis d'user de ma raison. Mais dans l'âge des illusions , de l'inexpérience et des besoins , où les séducteurs nous assiègent , pendant que la misère nous poignarde , que peut opposer une enfant à tant d'ennemis rassemblés? Tel nous juge ici sévèrement, qui , peut-être , en sa vie a perdu dix infortunées !

FIGARO

Les plus coupables sont les moins généreux ; c'est la règle.

MARCELINE , vivement.

Hommes plus qu'ingrats , qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions , vos victimes ! c'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse ; vous et vos magistrats , si vains du droit de nous juger, et qui nous laissent enlever, par leur coupable négligence, tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul état pour les malheureuses filles ? Elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes ; on y laisse former raille ouvriers de l'autre sexe.

FIGARO , eti colère.

Ils font broder jusqu'aux soldats!

MARCELINE, exaltéc .

Dans les rangs même plus élevés , les femmes n'obtiennent de vous qu'une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents , dans une servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens , punies en majeures pour nos fautes! Ah! sous tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur, ou pitié !

FIGARO

Elle a raison !

LE COMTE, à part.

Que trop raison !

brid'oison.

Elle a, mon-on dieu, raison.

MARCELINE

Mais que nous font, mon fils, les relus d'un homme injuste ? Ne regarde pas d'où tu viens , vois où tu vas; cela seul importe à chacun. Dans quelques mois ta fiancée ne dépendra plus que d'ellemême; elle t'acceptera , j'en réponds. Vis entre une épouse , une mère tendre qui te chériront à qui mieux mieux. Sois indulgent pour elles , heureux

pour toi , mou fils; gai, libre et bon pour tout le inonde; il ne manquera rien à ta mère.

Tu parles d'or, maman , et je me tiens à ton avis. Qu'on est sot, en effet ! U y a des mille et mille ans que le monde roule , et, dans cet océan de durée où jai par hasard attrapé quelques chétifs trente ans qui ne reviendront plus , j'irais me tourmenter pour savoir à qui je les dois ! Tant pis pour qui s'en inquiète. Passer ainsi la vie à chamailler, c'est peser sur le collier sans relâche , comme les malheureux chevaux de la remonte des fleuves , qui ne reposent pas même quand ils s'arrêtent, et qui tirent toujours, quoiqu'ils cessent de marcher. Nous attendrons. *

LE COMTE, àpart.

Sot événement qui me dérange !

brid'oison , à Figaro.

Et la noblesse, et le château? Vous impo-osez à la justice ?

FIGARO

Elle allait me faire faire une belle sottise, la justice! après que j'ai manqué, pour ces maudits cent écus , d'assommer vingt fois monsieur, qui se trouve aujourd'hui mon père ! Mais puisque le ciel a sauvé ma vertu de ces dangers , mon père , agréez mes excuses... Et vous, manière, embrassez-moi... le plus maternellement que vous pourrez.

(Marceline lui saute au cou.)

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