‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 263 sur 630 · LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE IV, SCÈNE II

acharnée te poursuivait ; j'étais tourmenté par une furie ! tout cela s'est changé , pour nous , dans la plus bonne des mères. Hier j'étais comme seul au monde , et voilà que j'ai tous mes parents; pas si magniiiques, il est vrai , que je me les étais galonnés ; mais assez bien pour nous , qui n'avons pas la vanité des riches.

SUZANNE

Aucune des choses que tu avais disposées , que nous attendions , mon ami , n'est pourtant arrivée!

FIGABO.

Le hasard a mieux fait que nous tous, ma petite. Ainsi va le monde ; on travaille , on projette , on arrange d'un côté ; la fortune accomplit de l'autre : et, depuis l'affamé conquérant qui voudrait avaler la terre , jusqu'au paisible aveugle qui se laisse mener par son chien, tous sont le jouet de ses caprices ; encore l'aveugle au cliien est-il souvent mieux conduit , moins trompé dans ses vues , que l'autre aveugle avec son entourage. — Pour cet aimable aveugle qu'on nomme Amour...

(Il la reprend tendrement à bras-le-corps.) SUZANKE.

Ah! c'est le seul qui m'intéresse!

FIGARO

Permets donc que, prenant l'emploi de la folie, je sois le bon chien qui le mène à ta jolie mignonne porte; et nous voilà logés pour la vie. SUZANNE , riant.

L'Amour et toi. ^

FIGABO.

Moi et l'Amour.

SUZANNE

Et vous ne chercherez pas d'autre gîte .'

FIGABO.

Si tu m'y prends , je veux bien que mille millions de galants...

SUZANNE

Tu vas exagérer : dis ta bonne vérité.

FIGABO.

Ma vérité la plus vraie !

SUZANNE

Fi donc, vilain! ena-t-on plusieurs?

FIGARO

Oh ! que oui. Depuis qu'on a remarqué qu'avec le temps \ieilles folies deviennent sagesse , et qu'anciens petits mensonges assez mal plantés ont produit de grosses , grosses vérités , on en a de mille espèces.'Et celles qu'on sait, sans oser les divulguer; car toute vérité n'est pas bonne à dire : et celles qu'on vante, sans y ajouter foi; car toute vérité n'est pas bonne à croire : et les serments passionnés , les menaces des mères , les protestations des buveurs , les promesses des gens en place , le dernier mot de nos marchands ; cela ne finit pas. Il n'y

a que mon amour pour Suzon qui soit une vérité de bon aloi.

SUZANNE

J'aime ta joie, parce qu'elle est folle; elle annonce que tu es heureiLx. Parlons du rendez-vous du comte.

FIGABO.

Ou plutôt n'en parlons jamais ; il a failli me coûter Suzanne.

SUZANNE

Tu ne veux donc plus qu'il ait lieu ?

FIGARO

Si VOUS m'aimez , Suzon , votre parole d'honneur sur ce point : qu'il s'y morfonde ; et c'est sa punition.

SUZANNE

Il m'en a plus coûté de l'accorder que je n'ai de peine à le rompre : il n'en sera plus question.

FIGABO.

Ta bonne vérité.^

SUZANNE

Je ne suis pas comme vous autres savants , moi , je n'en ai qu'une.

FIGABO.

Et tu m'aimeras un peu.^

Beaucoup.

FIGABO.

Ce D'est guère.

SUZANNE

Et comment ?

FIGARO

En fait d'amour, vois-tu , trop n'est pas mémo assez.

SUZANNE

Je n'entends pas toutes ces finesses; mais je n'aimerai que mon mari.

FIGARO

Tiens parole , et tu feras une belle exception à

l'usage.

^ (Il veut l'embrasser.)

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