‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 30 sur 630 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

x-E BARON, MADAME IMURER , EUGÉNIE.

LE BABON.

Eh bien ! parce que je m'endors un moment eu jasant avec vous...

EUGÉNIE, troublée.

Mon frère s'est battu.

LE BABON.

D'où savez -vous cela ?

EUGÉNIE

C'est ce que mande sir Henri.

MADAME MUBER , avcc importance.

Et il a désarmé son homme : si ce n'était pas son colonel...

LE BABON,

Son colonel tout comme un autre.

EUGÉNIE

Mon père, ma tante, occupons-nous tous des moyens de le sauver.

MADAME MUBEE-

OÙ le prendre .'

EUGÉNIE

Mon cousin dit qu'il est à Londres.

MADAME MURER

Mais il ne sait pas que nous y sommes.

EUGÉNIE , baissant les yeux.

Milord Clarendon ne pourrait-il pas...

MADAME MUBER, (t'un air dédaigneux. Le cher lord! Ah! oui. Si monsieur lui fait la grâce d'accepter ses services.

LE BARON , lui rendant son air.

Ma foi, ce serait ma dernière ressource. Donnemoi la lettre, Eugénie. (// lit bas.) Diable! (// lit tout haut. ) « Quand il ne réussirait pas à le perdre , « avertissez sir Charles d'être toujours sur ses gar- « des ; le colonel a la réputation de se défaire des « gens par toutes sortes dévoies ».... Bon! cela ne peut pas être : im officier.. .

MADAME MUREB.

Cet événement me ramène à ce que je vous disais tantôt , monsieur; si , au lieu de destiner votre fille à un vieax militaire sans fortune , vous trouviez bon que l'on eût pour elle des ^^es plus relevées... Les protections aujourd'hui...

LE BABON.

Nous y voilà encore. l\Ia sœur, une bonne fois pour toutes , afin de n'y jamais revenir : Vous aimez les lords , les gens du haut parage , et moi je les déteste. Ma fille m'est trop chère pour la sacrifier à votre vanité, et la rendre malheureuse.

MADAME MUBER.

Et pourquoi malheureuse ?

EUGÉINIE, ACTE 11, SCÈNE X.

LE BARON

Est-ce que je ne connais pas vos petits grands seigneurs? Voyez-les dans les unions même les plus égales pour la fortune. Une fille est mariée aujourd'hui , trahie demain , abandonnée dans quatre jours; rinfidéUté , l'oubli , la galanterie ouverte , les excès les plus condamnables , ne sont qu'un jeu pour eux. Bientôt le désordre de la conduite entraîne celui des affaires ; les fortunes se dissipent , les terres s'engagent , se vendent ; encore la perte des biens est-elle souvent le moindre des maux qu'ils font partager à leurs malheureuses compagnes.

MADAME MUBEB.

Mais quel rapport ce tableau , faux ou vrai , a-t-il à l'objet que nous traitons ? Vous faites le procès à la jeunesse, et nullement à la qualité; c'est dans cet état au contraire que les hommes ont le plus de ressources. S'ils se sont dérangés, un jour ils deviennent sages, et alors les grâces delà cour...

LE BABON.

Arrivent tout à point pour réparer leurs sottises , n'est-ce pas? Peut-on solUciter des récompenses, quand on n'a rien fait pour son pays? Et quand le principe des demandes est aussi honteiux, n'est-il pas absurde de faire fond d'avance sur des grâces qui peuvent être mille fois mieux appliquées? Mais je veux encore que son importimité les arrache : eh bien , je lui préférerai toujours un brave officier qui les aura méritées sans les obtenir ; et cet homme , c'est Cowerly. S'il ne tient rien des faveurs de la cour, il a l'estime de toute l'armée ; l'un vaut bien l'autre» je crois.

MADAME MUBER.

Mais , monsieur...

LE BABON, impatient.

Mais , madame , si vous êtes éprise à ce point de vos lords , que n'en épousez- vous quelqu'un vousmême ?

MADAME MURER , fièrement.

Vous mériteriez que je le fisse , et que je transportasse tous mes biens dans une famille étrangère. LE BABON , la saluant.

A votre aise , ma sœur. Pour mes enfants moins de fortune , moins d'extravagance , moins d'occasions de sottises.

EUGÉNIE , à part.

Toujours en querelle ! que je suis niallieureuse !

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