SCÈNE VI
LE COMTE, BÉGEARSS
J'ai tranché sur le point qui paraissait l'inqu.éter.
BÉGEABSS.
Il en est un, monsieur, qui m'inquiète beaucoup plus : je vous trouve un air accablé.
Te le dirai-je , ami ! la perte de mon fils me semblait le plus grand malheur. Un chagrin plus poignant fait saigner ma blessure, et rend ma vie insupportable.
BÉGEARSS
Si vous ne m'aviez pas interdit de vous contrarier là-dessus, je vous dirais que votre second fils... LE COMTE, vivement.
Mon second fils ! je n'en ai point !
Calmez-vous, monsieur; raisonnons. La perte d'un enfant cliéri peut vous rendre injuste envers l'autre, envers votre épouse, envers vous. Est-ce donc sur des conjectures qu'il faut juger de pareils faits.'
Des conjectures ? Ah ! j'en suis trop certain ! Mon grand chagrin est de manquer de preuves. Tant que mon pauvre fils vécut, j'y mettais fort peu d'importance. Héritier de mon nom , de mes places, de ma fortune... que me faisait cet autre individu? Mon froid dédain , un nom de terre , une croix de Malte, une pension, m'auraient vengé de sa mère et de lui ' Mais conçois-tu mon désespoir, en perdant un fils adoré , de voir un étranger succéder à ce rang, à ces titres; et, pour irriter ma douleur, venir tous les jours me donner le nom odieux de son père?
BÉGEABSS.
Monsieur , je crains de vous aigrir , en cherchant à vous apaiser; mais la vertu de votre épouse...