LA MÈRE COUPABLE, ACTE I, SCÈNE X
pareil en tout au sien , fait par le même joaillier qui monta tous ses diamants ; je vais le substituer à la place (lu mien. Si elle en garde le silence, vous sentez que ma preuve est faite. Sous quelque forme qu'elle en parle, une explication sévère éclaircit ma honte à l'instant.
BÉGEARSS
Si vous demande^ mon avis , monsieur , je blâme un tel projet.
Pourquoi ?
BÉGEARSS
L'honneur répugne à de pareils moyens. Si quelque hasard, heureux ou malheureux, vous eut présenté certains faits , je vous excuserais de les approfondir. IMais tendre un piège! des surprises ! Eh ! quel homme , un peu délicat , voudrait prendre un tel avantage sur son plus mortel ennemi.^
Il est trop tard pour reculer ; le bracelet est fait , le portrait du page est dedans...
BÉGEARSS prend l'écrin.
Monsieur, au nom du véritable honneur...
LE COMTE a enlevé le bracelet de l'écrin. Ah ! mon cher portrait , je te tiens ! J'aurai du moins la joie d'en orner le bras de ma fille, cent fois plus digne de le porter ! . . .
(Il y substitue l'autre. Bégearss feint de s'y opposer. Ils tirent cliacun l'écrin de leur côté.)
BÉGEARSS fait ouvrir adroitement le double
fond, et dit avec colère :
Ah ! voilà la boîte brisée !
LE COMTE regarde.
Non ; ce n'est qu'un secret que le débat a fait ouvrir. Ce double fond renferme des papier.s! BÉGEARSS, s'y opposant.
Je me flatte, monsieur, que vous n'abuserez point . . .
LE COMTE , impatient.
« Si quelque heureux hasard vous eût présenté « certains faits, me disais-tu dans le moment, je « vous excuserais de les approfondir. . . « Le hasard me les offre, et je vais suivre ton conseil.
;il arrache les p.ipiers.) BÉGEARSS, avec chaleur.
Pour l'espoir de ma vie entière , je ne voudrais pas devenir complice d'un tel attentat ! Remettez ces papiers, monsieur, ou souffrez que je me retire.
(11 s'éloigne. Le comte tient des papiers et lit. Bégearss le regarde en dessous, et s'applaudit secrètement.)
LE COMTE , avec fureur.
Je n'en veux pas apprendre davantage ; ï-enferme tous les autres , et moi je garde celui-ci.
BÉGEARSS
Non; quel qu'il soit, vous avez trop d'honneur pour commettre une...
LE COUTE, Jiéremenf.
Une...? Achevez, tranchez le mot, je puis l'entendre.
BÉGEARSS , se couvhant.
Pardon , monsieur, mon bienfaiteur ! et n'imputez qu'à ma douleur l'indécence de mon reproche.
Loin de t'en savoir mauvais gré , je t'en estime davantage. (// se jette sur unjauteuil.y. Ah perfide Rosine!... car, malgré mes légèretés, elle esi la seule pour qui j'aie éprouvé... J'ai subjugué les autres fennnes! Ah ! je sens à ma rage combien cette indigne passion!... Je me déteste de l'aimer!
BÉGEARSS
Au nom de Dieu , monsieur, remettez ce fatal papier.