‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 315 sur 630 · LA MÈRE COUPABLE, ACTE I, SCÈNE X · texte numérisé non relu

LA MÈRE COUPABLE, ACTE I, SCÈNE X

pareil en tout au sien , fait par le même joaillier qui monta tous ses diamants ; je vais le substituer à la place (lu mien. Si elle en garde le silence, vous sentez que ma preuve est faite. Sous quelque forme qu'elle en parle, une explication sévère éclaircit ma honte à l'instant.

BÉGEARSS

Si vous demande^ mon avis , monsieur , je blâme un tel projet.

Pourquoi ?

BÉGEARSS

L'honneur répugne à de pareils moyens. Si quelque hasard, heureux ou malheureux, vous eut présenté certains faits , je vous excuserais de les approfondir. IMais tendre un piège! des surprises ! Eh ! quel homme , un peu délicat , voudrait prendre un tel avantage sur son plus mortel ennemi.^

Il est trop tard pour reculer ; le bracelet est fait , le portrait du page est dedans...

BÉGEARSS prend l'écrin.

Monsieur, au nom du véritable honneur...

LE COMTE a enlevé le bracelet de l'écrin. Ah ! mon cher portrait , je te tiens ! J'aurai du moins la joie d'en orner le bras de ma fille, cent fois plus digne de le porter ! . . .

(Il y substitue l'autre. Bégearss feint de s'y opposer. Ils tirent cliacun l'écrin de leur côté.)

BÉGEARSS fait ouvrir adroitement le double

fond, et dit avec colère :

Ah ! voilà la boîte brisée !

LE COMTE regarde.

Non ; ce n'est qu'un secret que le débat a fait ouvrir. Ce double fond renferme des papier.s! BÉGEARSS, s'y opposant.

Je me flatte, monsieur, que vous n'abuserez point . . .

LE COMTE , impatient.

« Si quelque heureux hasard vous eût présenté « certains faits, me disais-tu dans le moment, je « vous excuserais de les approfondir. . . « Le hasard me les offre, et je vais suivre ton conseil.

;il arrache les p.ipiers.) BÉGEARSS, avec chaleur.

Pour l'espoir de ma vie entière , je ne voudrais pas devenir complice d'un tel attentat ! Remettez ces papiers, monsieur, ou souffrez que je me retire.

(11 s'éloigne. Le comte tient des papiers et lit. Bégearss le regarde en dessous, et s'applaudit secrètement.)

LE COMTE , avec fureur.

Je n'en veux pas apprendre davantage ; ï-enferme tous les autres , et moi je garde celui-ci.

BÉGEARSS

Non; quel qu'il soit, vous avez trop d'honneur pour commettre une...

LE COUTE, Jiéremenf.

Une...? Achevez, tranchez le mot, je puis l'entendre.

BÉGEARSS , se couvhant.

Pardon , monsieur, mon bienfaiteur ! et n'imputez qu'à ma douleur l'indécence de mon reproche.

Loin de t'en savoir mauvais gré , je t'en estime davantage. (// se jette sur unjauteuil.y. Ah perfide Rosine!... car, malgré mes légèretés, elle esi la seule pour qui j'aie éprouvé... J'ai subjugué les autres fennnes! Ah ! je sens à ma rage combien cette indigne passion!... Je me déteste de l'aimer!

BÉGEARSS

Au nom de Dieu , monsieur, remettez ce fatal papier.

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