‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 32 sur 630 · EUGÉNIE, ACTE ÏI , SCENE XII · texte numérisé non relu

EUGÉNIE, ACTE ÏI , SCENE XII

LE CAPIIAINE.

Oh ! ce pays-ci est tout plein de gens qui tout profession de pouvoir plus qu'ils ne peuvent réellement. Quel est-il? Je vous dirai bientôt... MADAME MUREK , dédaigneusement.

Ce n'est que le comte de Clarendon.

LE CAPITAINE

Le neveu de milord duc ?

MADAME MUREB.

Pas davantage.

LE CAPITAINE

.Te le crois. Son oncle l'idolâtre : il est fort de mes amis. Je me charge , si vous voulez... MADAME MUREB , d'un air vain.

11 me fait aussi l'honneur d'être un peu des miens.

LE BABON.

C'est lui qui nous loge.

LE CAPITAINE

Vous avez raison. Je regardais en entrant... Mais ce valet a détourné mon attention... Eh parbleu! c'est un homme à lui. Je disais bien... Je reconnais tout ceci. Nous avons fait quelquefois de jolis soupers dans ce salon : c'est, comme il l'appelle à la française , sa petite maison.

MADAME MUBEB ., fièrement.

Petite maison , monsieur ?

LE BABON.

Eh ! petite ou grande, faut-il disputer sur un mot ? Il suflitqu'il nous la prête... Il était ici il n'y a pas une heure.

LE CAPITAINE

Aujourd'hui ? Je l'aurais parié à "Windsor.

LE BABON.

Il en arrivait.

LE CAPITAINE

C'est ma foi vrai. J'oubliais que le mariage se fait ]

à Londres. !

MADAME MUBEB et EUGÉNIE , €n même temps. j

Le mariage ! '

LE CAPITAINE

Oui, demain. Mais vous m' étonnez: il n'est pas possible que vous l'ignoriez , si vous l'avez vu réellement aujourd'hui.

LE BABON.

Je le savais bien , moi.

MADAME MUBEB , dédaigneusement.

Hum... C'est comme la petite maison. Que voulez-vous dire ? Quel mariage .»'

LE CAPITAINE

Le plus grand mariage d'Angleterre : la fille du comte de Winchester : un gouvernement que le roi donne au jeune lord en présent de noces. Mais c'est une chose publique, et que tout Londre.s sait. EUGÉNIE, à part.

Jûieux ! où me cacher ?

MADAME MUBEB.

Je vais gager qu'il n'y a pas un mot de vrai à tout cela.

LE CAPITAINE

Quoi , sérieusement ? Dès que madame nie les fAits , je n'ai plus rien à dire.

LE BABON.

Il est vrai , capitaine , qu'il s'en est beaucoup défendu tantôt.

LE CAPITAINE

Mais moi qui passe ma vie avec son oncle ! moi qu'on a consulté sur tout ! ce sera comme il vous plaira , au reste. Ainsi donc les li\Tées faites , les carrosses et les diamants achetés, l'hôtel meublé , les articles signés , sont autant de chimères ? EUGÉNIE , à part.

Ah! malheureuse!

LE BABON.

Mais, ma sœur, cela me paraît assez positif: qu'avez-vous à répondre ?

MADAME MUBEB.

Que monsieur a rêvé tout ce qu'il dit. Parce que je sais de très-bonne part , moi , que le comte a d'autres engagements.

LE CAPITAINE

Ah! oui. Quelque illustre infortunée dont il aura ajouté la conquête à la liste nombreuse de ses bonnes fortunes. Nous connaissons l'homme. .Te me souviens effectivement d'avoir entendu dire qu'un goiU provincial l'avait tenu quelque temps éloigné de la capitale.

MADAME MUBEB , dédaigneusement.

Un goât provincial .'

LE BABON , riant.

Quelque jeune innocente à qui il aura fait faire des découvertes, et dont il s'est amusé apparemment ?

LE CAPITAINE

! Yoilà tout.

j LE BABON , d'un air content.

\ C'est bon , c'est bon. Je ne suis pas fâché que de j. temps en temps une pauvre abandonnée serve d'exem- I pie aux autres , et tienne un peu ces demoiselles en respect devant les suites de leurs petites passions. Et les père et mère ! moi , c'est cela qui me réjouit. EUGÉNIE, à part.

Je ne puis plus soutenir le trouble où je suis.

LE CAPITAINE

Mademoiselle me paraît incommodée.

LE BABON.

iMa fille ?. . . qu"as-tu donc , ma chère enfant ?

EUGÉNIE, tremblante.

Je ne me sens pas bien , mon père.

MADAME MUREB.

Je vous l'avais dit aussi , ma chère nièce ; nous devions nous retirer. Venez, laissons ces messieurs se raconter leurs merveilleuses anecdotes.

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