‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 320 sur 630 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Puisque enfin je suis seul, lisons cet étonnant écrit, qu'un hasard presque inconcevable a fait tomber entre mes mains. {Il tire de son sein la lettre de l'écrin, et la lit en pesant sur tous les mots.) « Mal- « heureux insensé ! notre sort est rempli. La surprise « nocturne que vous avez osé me faire dans un « château où vous fûtes élevé , dont vous connaissiez « les détours ; la violence qui s'en est suivie ; enfin vo- « tre crime, — le mien... (// s'arrête) le mien reçoit « sa juste punition. Aujourd'hui, jour de saint Léon, « patron de ce lieu et le vôtre, je viens de mettre au « monde un fils , mon opprobre et mon désespoir. « Grâce à de tristes précautions, l'honneur est sauf; « mais la vertu n'est plus. — Condamnée désormais « à des larmes intarissables , je sens qu'elles n'effa- « ceront point un crime... dont l'effet reste subsis- « tant. Ne me voyez jamais : c'est l'ordre irrévo- « cable de la misérable Rosine... qui n'ose plus si- « gner uu autre nom. ;> {Il porte ses mains avec la lettre à sou front et se promène }... Qui n'ose phis si-

LA MÈRE COUPABLE

guer lin autre uoni ! ... Ah ! Rosine ! où est le temps . . . IMais tu t'es avilie! ...(// s'agite.) Ce n'est point là l'écrit d'une méchante femme ! Un misérable corrupteur... Mais voyons la réponse écrite sur la même lettre.(// lit.) « Puisque je ne dois plus vous voir, la vie « m'est odieuse, et je vais la perdre avec joie dans la « vive attaque d'un fort où je ne suis point com- « mandé.

« Je vous renvoie tous vos reproches , le portrait « que j'ai fait de vous , et la boucle de cheveitx que « je vous dérobai. L'ami qui vous rendra ceci quand « je ne serai plus est sûr. 11 a vu tout mon déses- « poir. Si la mort d'un infortuné vous inspirait un « reste de pitié , parmi les noms qu'on va donner à « l'héritier... d'un autre plus heureux..., puis-je «■ espérer que le nom de Léon vous rappellera quel- « quefoisle souvenir du malheureu.\... qui expire en « vous adorant, et signe pour la dernière fois, Ché- « BUBiN LÉON, d'Astorga? »

... Puis, en caractères sanglants: ...» Blessé à « mort , je rouvre cette lettre , et vous écris avec mon « sang ce douloureux, cet éternel adieu. Souvenezn vous... »

Le reste est effacé par des larmes... (// s'agite) Ce n'est point là non plus l'écrit d'un méchant homme! Un malheureux égarement... (// s'assied et reste absorbé.) Je me sens déchiré !

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