LA MÈRE COUPABLE, ACTE III, SCÈNE V
BÉGEABSS.
N'en parlons plus. Quelques mots d'établissement , tournés d'une tonne équivoque , ont fait penser à Florestine qu'il était question de Léon. Son jeune cœur s'en épanouissait , quand un valet vous annonça. Sans m'expliquer depuis sur les \aies de son père, un mot de moi, la ramenant aux sévères idées de la fraternité, a produit cet orage, et la religieuse horreur dont votre fils ni vous ne pénétriez le motif.
Il en était bien loin , le pauvre enfant !
BÉGEARSS
Maintenant qu'il vous est connu, devon.s-nous suivre ce projet d'une union qui répare tout.^.. LA COMTESSE, Virement.
11 faut s'y tenir, mon ami; mon cœur et mon esprit sont d'accord sur ce point, et c'est à moi de la déterminer. Par là , nos secrets sont couverts ; nul étranger ne les pénétrera. Après vingt années de souffrances nous passerons des jours heureux , et c'est à vous, mou digne ami, que ma famille les devra.
BÉGEARSS , élevant la voix.
Pour que rien ne les trouble plus , il faut encore un sacrifice , et mon amie est digne de le faire.
Hélas ! je veux les faire tous.
BÉGEARSS , l'air imposant.
Ces lettres, ces papiers d'un infortuné qui n'est plus , il faudra les réduire en cendres.
LA. COMTESSE, uvec clouleur.
Ah! Dieu!
BÉGEARSS
Quand cet ami mourant me chargea de vous les remettre , .son dernier ordre fut qu'il fallait sauver votre honneur, en ne laissant aucune trace de ce qui pourrait l'altérer.
Dieu ! Dieu !
BÉGEARSS
Vingt ans se sont passés sans que j'aie pu obtenir que ce triste aliment de votre éternelle douleur s'éloignât de vos yeux. Mais, indépendamment du mal que tout cela vous fait, voyez quel danger vous courez !
Eh ! que peut-on avoir à craindre ?
BÉGEARSS, regardant si on peut l'entendre.
{Parlant bas.) Je ne soupçonne point Suzanne; mais une femme de chambre, instruite que vous conservez ces papiers , ne pourrait-elle pas un jour s'en faire un moyen de fortune ? Un seul remis à votre époux , que peut-être il payerait bien cher, NOUS plongerait dans des malheurs...
Kon , Suzanne a le cœur trop bon...
BÉGEARSS, d'un ton plus élevé , très-ferme.
Ma respectable amie , vous avez payé votre dette à la tendresse, à la douleur, à vos devoirs de tous les genres ; et si vous êtes satisfaite de la conduite d'un ami, j'en veux avoir la récompense. 11 faut brûler tous ces papiers , éteindre tous ces souvenirs d'une faute autant expiée. jMais , pour ne jamais revenir sur un sujet si douloureux, j'exige que le sacrifice en soit fait dans ce même instant. LA COMTESSE, tremblante.
Je crois entendre Dieu qui parle ! il m'ordonne de l'oublier, de déchirer le crêpe obscur dont sa mort a couvert ma vie. Oui , mon Dieu , je vais obéir à cet ami que vous m'avez donné. {Elle sonne.) Ce qu'il exige en votre nom , mon repentir le conseillait : mais ma faiblesse a combattu.