‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 363 sur 630 · ACTE IV, SCÈNE XUL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XUL

vrir l'injustice de ce partage entre deux fils {timidement) égaux en droits.

LE COMTE s'agite plus fort.

(A part , d'un ton étouffé. ) Égaux en droits ! . . .

LA COMTESSE , un peu plus fort.

Mais depuis deux années qu'un accident affreux. . .

les lui a tous transmis, n'est-il pas étonnant que

vous n'ayez rien entrepris pour le relever de ses

vœux? 11 est de notoriété que vous n'avez quitté

l'Espagne que pour dénaturer vos biens, par la

vente ou par des échanges. Si c'est pour l'en priver,

monsieur, la haine ne va pas plus loin ! Puis vous

le chassez de chez vous, et semblez lui fermer la

maison p. . . par vous habitée ! Permettez-moi de vous

le dire , un traitement aussi étrange est sans excuse

aux yeux de la raison. Qu'a-t-il fait pour le mériter?

LE COMTE s'arrête , d'un ton terrible.

Ce qu'il a fait!

LA COMTESSE, effrayée.

.le voudrais bien , monsieur, ne pas vous offenser!

LE COMTE , plus fort.

Ce qu'il a fait, madame! Et c'est vous qui le demandez ?

LA COMTESSE , en désordre.

Monsieur, monsieur ! vous m'effrayez beaucoup !

LE COMTE, avec fureur.

Puisque vous avez provoqué l'explosion du ressentiment qu'un respect humain enchaînait , vous entendrez son arrêt et le vôtre.

LA COMTESSE , plus troublée.

Ah, monsieur! ah, monsieur!...

Vous demandez ce qu'il a fait ?

LA COMTESSE, levant ks bras.

^on, monsieur! ne me dites rien.

LE COMTE , hors de lui. Rappelez-vous , femme perfide , ce que vous avez fait vous-même! et comment, recevant un adultère dans vos bras , vous avez mis dans ma maison cet enfant étranger, que vous osez nommer mon fils. LA COMTESSE , au désespoir, veut se lever. Laissez-moi m'enfuir, je vous prie.

LE COMTE, la clouant sur son fauteuil.

Non , vous ne fuirez pas ; vous n'échapperez point à la conviction qui vous presse. ( Lui montrant sa lettre.) Connaissez-vous cette écriture? elle est tracée de votre main coupable! Et ces caractères sanglants qui lui servent de réponse...

LA COMTESSE , anéantie.

Je vais mourir ! je vais mourir !

LE COMTE , avec force.

Non , non; vous entendrez les traits que j'en ai soulignés! (// lit avec égarement. ) « Malheureux « insensé! notre sort est reujpli; votre crime, le

i'j8 LA MÈRE COUPABLE,

« mien reçoit sa punition. Aujourd'hui, jour de « saint Léon, patron de ce lieu, et le vôtre, je viens « de mettre au monde un fds , mon opprobre et mon » désespoir... « (// parle.) Et cet enfant est né le jour de sahit Léon, plus de dix mois après mon départ pour la Fera-Cruz!

(Pendant qu'il lit très-fort, on entend la comtesse, égarée , dire des mots coupés qui partent du délire.)

LA, COMTESSE, priant, les mains jointes.

Grand Dieu , tu ne permets donc pas que le crime

le plus caché demeure toujours impuni!

.. Et de la main du corrupteur. ( Il lit. ) « L'ami « qui vous rendra ceci quand je ne serai plus est « sûr. »

LA COMTESSE, priant.

Frappe, mon Dieu! car je l'ai mérité!

LE COMTE lit.

" Si la mort d'un infortuné vous inspirait un « reste de pitié , parmi les noms qu'on va donner à " ce fils, héritier d'un autre... »

LA COMTESSE , priant.

Accepte l'horreur que j'éprouve , en expiation de ma faute !

LE COMTE lit.

« Puis-je espérer que le nom de Léon... {Ilparle.) Et ce fils s'appelle Léon !

LA COMTESSE , égarée, les yeux fermés.

O Dieu! mon crime fut bien grand , s'il égala ma punition ! Que ta volonté s'accomplisse !

LE COMTE , plus fort.

Et , couverte de cet opprobre , vous osez me demander compte de mon éloignement pour lui ! LA COMTESSE, priant toiijour S.

Qui suis-je pour m'y opposer, lorsque ton bras s'appesantit.^

Et , lorsque vous plaidez pour l'enfant de ce malheureux , vous avez au bras mon portrait ! LA COMTESSE , en le détachant, le regm'de. Monsieur, monsieur, je le rendrai; je sais que je n'en suis pas digne. {Dans le plus grand égaremetit. ) Ciel! que m'arrive-t-il? Ah ! je perds la raison! ma conscience troublée fait naître des fantômes ! — Réprobation anticipée ! —Je vois ce qui n'existe pas... Ce n'est plus vous , c'est lui qui me fait signe de le suivre , d'aller le rejoindre au tombeau ' LE COMTE , effrayé.

Comment? Eh bien! Non, ce n'est pas...

LA COMTESSE , en délire.

Ombre terrible , éloigne-toi !

LA COMTE crie avec douleur.

Ce n'est pas ce que vous croyez !

LA COUTASSE jette le bracelet par terre. Attends... Oui, je t'obéirai...

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