LA MÈRE COUPABLE, ACTE V, SCÈNE I
f,a-il possible?
Il est trop vrai.
Des papiers frappent nos regards ; il eu ignorait l'existence ; et , quand j'ai voulu les lui lire , il a refusé de les voir.
SUZANNE, s'ecrtaM/.
Il les a lus cent fois avec madame!
Est-il vrai ? Les connaissait-il ?
Ce fut lui qui me les remit , qui les apporta de l'armée, lorsqu'un infortuné mourut,
Cet ami sur, instruit de tout?...
FiGABO, LA COMTESSE, SUZANNE, ensemble ,
criant.
C'est lui !
O scélératesse infernale! Avec quel art il m'avait engagé ! A présent je sais tout.
FIGABO.
Vous le croyez !
Se connais son affreu.v projet. Mais, pour eu être plus certain , déchirons le voile en entier. Par qui savez- vous donc ce qui touche ma Florestine ?
LA COMTESSE , VitC.
Lui seul m'en a fait confidence.
LÉON, vite.
Il me l'a dit sous le secret.
SUZANNE , vite.
11 me l'a dit aussi.
LE COMTE , avec horreur.
O monstre ! Et moi j'allais la lui donner ! mettre ma fortune en ses mains !
FIGARO , vivement.
Plus d'un tiers y serait déjà , si je n'avais porté , sans vous le dire , vos trois millions d'or en dépôt chez M. Fal : vous alliez l'en rendre le maître : heureusement je m'en suis douté. Je vous ai donné son reçu...
LE COMTE, vivement.
Le scélérat vient de me l'enlever pour en aller toucher la somme.
FIGARO, rfeso/g.
O proscription sur moi ! Si l'argent est remis , tout ce que j'ai fait est perdu ! Je cours chez M. Fal, Dieu veuille qu'il ne soit pas trop tard ! LE COMTE , « Figaro.
Le traître n'y peut être encore.
FIGABO.
S'il a perdu un temps , nous le tenons, J y cours.
I II veut sortir. )
LE COMTE, vivement , t arrête.
Mais , Figaro , que le fatal secret dont ce moment vient de l'instruire reste enseveli dans ton sein!
FIGARO, avec une grande sensibilité.
Mon maître , il y a vingt ans qu'il est dans ce seia-là , et dix que je travaille à empêcher qu'un monstre n'en abuse ! Attendez surtout mon retour , avant de prendre aucun parti.
LE COMTE , vivement.
Penserait-il se disculper ?
FIGABO.
Il fera tout pour le tenter (// tire wie lettre de sa poche.); mais voici le préservatif. Lisez le contenu de cette épouvantable lettre ; le secret de l'enfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour me la procurer. {Il lui remet la lettre de Bégearss.) Suzanne ! des gouttes à ta maîtresse. Tu sais comment je les prépare. {Il lui donne un flacon.) Passezla sur sa chaise longue ; et le plus grand calme autour d'elle. Monsieur, au moins , ne recommencez pas ; elle s'éteindrait dans nos mains ! LE COMTE, exalté.
Recommencer! je me ferais horreur !
FIGARO, à la comtesse.
Vous l'entendez , madame ? Le voilà dans son
caractère! et c'est mon maître que j'entends. Ah!
je l'ai toujours dit de lui : la colère , chez les bons
cœurs , n'est qu'un besoin pressant de pardonner !
(II sort précipitamment. Le comte et Léon prennent la comtesse sous les bras ; ils sortent tous.)