‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 402 sur 630 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

TARARE, ALTAMORT, ATAR.

ATAR

Que me veux-tu , brave soldat ?

TARARE, avec un grandtrouble.

O mon roi! prends pitié de mon affreux état. En pleine paix , un avare corsaire Comble sur moi les horreurs de la guerre. Tous mes jardins sont ravagés , Mes esclaves sont égorgés ; L'humble toit de mon Astasie Est consumé par l'incendie...

ATAR

Grâce au ciel , mes serments vont être dégagés !

Soldat qui m'as sauvé la vie ,

Reçois en pur don ce palais

Que dix mille esclaves malais

Ont construit d'ivoire et d'ébène ,

Ce palais , dont l'aspect riant

Domine la fertile plaine ,

Et la vaste mer d'Orient.

Là , cent femmes de Circassie ,

Pleines d'attraits et de pudeur,

Attendront l'ordre de ton cœur, Pour t' enivrer des trésors de l'Asie. Puisse de ton bonheur l'envieux s'irriter !

Puisse l'infâme calomnie ,

Pour te perdre , en vain s'agiter !

ALTAMORT, bas.

Mais , seigneur, ta hautesse oublie. . .

ATAR , bas.

Je, l'élève , Altamort, pour le précipiter. (haut.) Allez, vizir, que l'on publie...

TARARE

o mon roi ! ta bonté doit se faire adorer.

Des maux du sort mon âme est peu saisie ; Mais celui de mon cœur ne peut se réparer : Le barbare emmène Astasie.

ATAR, avec un signe cP intelligence.

Quelle est cette femme, Altamort ?

ALTAMORT.

Seigneur, si j'en crois son transport ,

Quelque esclave jeune el jolie.

TARARE , indigné.

Une esclave ! une esclave ! Excuse, ô roi d'Ormus ! A ce nom odieux tous mes sens sont émus.

Astasie est une déesse.

Dans mon cœur souvent combattu ,

Sa voix sensible , enchanteresse ,

Faisait triompher la vertu .

D'une ardeur toujours renaissante

J'offrais sans cesse à sa beauté ,

Sans cesse à sa beauté touchante ,

L'encens pur de la volupté.

Elle tenait mon âme active

Jusque dans le sein du repos :

Ah ! faut-il que ma voix plaintive

En vain la demande aux échos !

ATAR

Quoi ! soldat , pleurer une femme !

Ton roi ne te reconnaît pas.

Si tu perds l'objet de ta flamme , Tout un sérail t'ouvre ses bras.

Faut-il regretter quelques charmes , Quand on retrouve mille attraits.^ Mais l'honneur qu'onperddans les laruies , On ne le retrouve jamais.

TARARE , SUppliailt.

Seigneur !

ATAR

Qu'as-tu donc fait de ton mâle courage , Toi qu'on voyait rugir dans les combats ; Toi qui forças un torrent à la nage , En transportant ton maître dans tes bras .^ Le fer, le feu , le sang et le carnage N'ont jamais pu t'arracher un soupir ; Et l'abandon d'une esclave volage Abat ton âme , et la force à gémir !

TARARE , vivement.

Seigneur, si j'ai sauvé ta vie, Si tu daignes t'en souvenir, Laisse-moi venger Astasie Du traître qui l'osa ravir. Permets que , déployant ses ailes , Un léger vaisseau de transport Me niène , vers ces infidèles , Chercher Astasie ou la mort.

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