‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 421 sur 630 · TARARE, ACTE III, SCENE VI · texte numérisé non relu

TARARE, ACTE III, SCENE VI

CkLfiGi, troublé.

Seigneur, c'est... c'est ce misérable,

'Croyaut entendre quelque bruit ,

Nous faisions la ronde de nuit.

D'une soudaine frénésie

Cette brute à l'instant saisie...

Peut-être a-t-il perdu l'esprit!

Mais il pleure , il crie , il s'agite ,

Parle , parle , parle si vite ,

Qu'on n'entend rien de ce qu'il dit.

ATAR , d'un ton terrible.

Il parle, ce muet?

CALPIGI ,plus troublé.

Que dis-je?

Parler serait un beau prodige!

D'aftreux sons inarticulés. . .

ATAR lui prend le bras. Tarare est sans mouvement, prosterné.

O bizarre sort de ton maître !

Tu maudis quelquefois ton être...

Je venais , les sens agités ,

L'honorer de quelques bontés ,

Soupirer l'amour auprès d'elle.

A peine étais-je à ses côtés ,

Elle s'échappe , la rebelle !

Je l'arrête , et saisis sa main :

Tu n'as vu chez nulle mortelle

L'exemple d'un pareil dédain.

« Farouche Atar ! quelle est donc ton en^e ?

<i Avant de me ravir l'honneur,

« Il faudra m' arracher la vie... »

Ses yeux pétillaient de fureur.

Farouche Atar ! ... son honneur ! ... La sauvage ,

Appelant la mort à grands cris. . .

Atar, enûn, a connu le mépris.

(Il lire son poignard.)

Vingt fois j'ai voulu , dans ma rage ,

Épargner moi-même à son bras...

Allons , Calpigi , suis mes pas.

CALPiGi lui présente sa simarre.

Seigneur, prenez votre simarre.

ATAR

Rattache avant mon brodequin Sur le corps de cet Africain.. .

(Il met son pied sur le corps de Tarare.) Je sens que la fureur m'égare.

(Il regarde Tarare.) Malheureux nègre , abject et nu , Au lieu d'un reptile inconnu , Que du néant rien ne sépare , Que n'es-tu l'odieux Tarare!

Avec quel plaisir de ce flanc Ma main épuiserait le sang !

Si l'insolent pouvait jamais connaître Quels dédains il vaut à son maître !

Et c'est pour cet indigne objet ,

C'est pour lui seul qu'elle me brave ! . . .

Calpigi, je forme un projet :

Coupons la tête à cet esclave ;

Défigure-la tout à fait :

Porte-la de ma part toi-même.

Dis-lui qu'en mes transports jaloux ,

Surprenant ici son époux...

(Il tire le sabre de Calpigi.)

CALPIGI l'arrête., et l'éloigné de son ami.

De cet horrible stratagème ,

Ah ! mon maître , qu'espérez- vous ?

Quand elle pourrait s'y méprendre ,

En deviendrait-elle plus tendre?

En l'inquiétant sur ses jours,

Vous la ramènerez toujours.

AT An, furieuœ.

La ramener!... J'adopte une autre idée.

Elle me croit l'âme enchantée :

Montrons-lui bien le peu de cas

Que je fais de ses vains appas.

Cette orgueilleuse a dédaigné son maître !

O le plus charmant des projets !

Je punis l'audace d'un traître Qui m'enleva le cœur de mes sujet.s , Et j'avUisla superbe à jamais.

Calpigi ! . . .

CALPIGI, troublé. Quoi ! seigneur ?

ATAB.

Jure-moi sur ton âme D'obéir.

CALPIGI , plus troublé.

Oui , Seigneur.

ATAK.

Point de zèle mdiscret :

Tout à l'heure.

CAi.v\Gi, presque égaré.

A l'instant.

ATAR

Prends-moi ce vil miiei ,

Conduis-le chez elle en secret ;

Apprends-lui que ma tendre flamme

La donne à ce monstre pour femme.

Dis-lui bien que j'ai fait serment Qu'elle n'aura jamais d'autre époux, d'autre amant.

Je veux que l'hymen s'aecomplisse :

Et si l'orgueilleuse prétend

S'y dérober, prompte justice.

Qu'à son lit à l'instant conduit ,

Avec elle il passe la nuit ;

Et qu'à tous les yeux exposée , Demain de mon séraU elle soit la risée. A présent , Calpigi , de moi je suis content. Toi , par tes signes , fais que cette brute apprenne

Le sort fortuné qui l'attend.

CALPiGi, tranquilUsé.

Ali ! seigneur, ce n est pas la peine ! S'il ne parle pas , il entend.

ATAR

Accompagne ton maître à la garde prochaine.

(Il se retourne pour sorlir.) CALPIGI , en se boi.ssantpour i-canasser la simarre

de l'empereur, dit fout bas a Tarare : Quel heureux dénoilment!

(Ilsuit Atiir.) TARARE se relève a genoux.

Mais quelle horrible scène !

(Il Ole son masque, qui tomhe à terre loin de lui.)

Ah ! respirons.

ATAR revient à l'appartement d'Astasie d'un air menaçant, et dit arec une joie féroce.

.le pense au plaisir que j'aurai ,

Superbe , quand je te verrai

Au sort d'un vieux nègre liée .

Et par cent cris humiliée !

(Il imite le chanl tri\i;il dos esrlaM's i

Saluons tous la lière Irza , Qui , regrettant une cabane , Aux voeux d'un roi se refusa ; D'un vil muet elle est sultane Hein ! Calpigi ?

(11 va, il vient. Calpigi, sous piétexle de lui doinier sa simarre, se met toujours entre lui et Tarare, pour qu'il ne le voie pas sans masque.)

CALPIGI , eff rayé , feint la joie.

Ah ! quel plaisir mou maître atira !

ATAR

Hein! Calpigi?

CALPIGI.

Quand le séraii retentira...

ATAR ET CALPIGI , en duo.

Saluons tous la fière Irza , Qui, regrettant une cabane, Aux vœux d'un roi se refusa :

D'im vil muet elle est sultane.

(Le même jeu de scène continue. Ils sortent.)

Page 1