ARTICLE XIV
« Plus, je m'engage à lui faire tenir un de mes « grands portraits du meilleur maître , pour le don « duquel il me sollicite depuis longtemps. »
Dans ma première partie j'ai dit , monsieur le comte , que vous aviez été fort étonné qu'un pareil engagement fût entré dans un arrêté; mais nous avons coulé cet article à fond : la redite en serais inutile.
llappelez-vous seulement que cesl la première ciiosequeje vous ai. demandée dans mes lettres. Je ne serai pas généreux sur cet article, je vous eu avertis. Ce portrait si longtemps promis est celui d'un homme à qui je dois bien plus que de l'argent; j'P lui dois le bien inestimable de savoir m'en passer, et d'être heureux. Il m'appi-jtà regarder l'argent fonnne un moyen , et jamais comme un but. C'était un grand mot qu'il disait là.
Il K-'cst plus, cet ami généreux, cet homme d'État , ce philosophe aimable, ce père de la noblesse indigente, le bienfaiteur du comte de La Blaclie et mon maître ! Mais j'avoue que le plaisir d'avoir reconquis son portrait, mesuré sur le chagrin de sa longue privation , sera l'un des plus vifs que je puisse éprouver. Telle est l'inscription que je veux mettre au bas :
« Portrait de M. Duoerney promis longtemps « par lui-mêuie, exigé par écrit de son vivant ; dis- >' pufé par son légataire après sa mort -, obtenu par « sentence des requêtes de l'hôtel ; rayé de mes pos- « sessions par jugement d'un autre tribunal ; rendu « à mon espoir par arrêt du conseil du roi ; définiti- « vement adjugé par arrêt du parlement de..., à « son disciple Beaumarchais, etc. »
C'est ainsi que, depuis la satisfaction des besoins les plus matériels juscju'aux plus délicates voluptés d'une âme sensible, tout me paraît fondé sur le sublimeet consolant principe de la compensation des maux par les biens.
Ce portrait de M. Duverney renouvelle en moi le souvenir vif et pressant de ce grand citoyen ; et le cabinet d'un particulier me paraît un lieu trop obscur pour qu'il y soit placé dignement. 11 a trop mérité de la patrie en fondant une éducation convenable à tous les fils de nos défenseurs , il a trop mérité de son siècle en le rendant rival de celui qui assura la retraite à ces mêmes défenseurs, pour qu'on ne lui assigne pas une place très-honorable.
11 manque h l'École Militaire un mausolée de ce grand homme. Ou l'avait forcé de laisser prendre en marbre un buste de lui pour ce digue emploi. Le comte de La Blache , à sa mort , a refusé ce buste à l'École Militaire. *
Puisse-t-il , arraché à l'avarice , y être placé par mes mains, avec cette inscription : Élevé par la reconnaissance à Fami de la patrie. Et c'est à quoi seront employés tous les dommages et intérêts auxquels une poursuite injurieuse me donne un droit incontestable. J'en indique exprès l'usage, afin qu'on ne les épargne pas. Hors cet emploi de prédilection , ils appartenaient aux pauvres, ftiais la charité n'est qu'une vertu; L". rccoojiaissnucc est un devoir, elle auia la préférence.