‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 489 sur 630 · LA CONSULTATION INJURIEUSE · texte numérisé non relu

LA CONSULTATION INJURIEUSE

QIE LE COMTE .fOSEPH ALEX'.NDRE FAI.COZ DF LA ELACHE A RÉPANDIE DANS AIX.

Beaumarchais payé ou pendu.

(Résumé de M. le P. de C. rapporté dans le mémoire av conseil, p. i8,)

Un colporteur échauffé frappe à ma porte , et me remet un mémoire, en me disant : IMonsieur le comte de La Blache vous prie, Monsieur, de vous intéresser à son affaire. — Eh ! me connais-tu , mon ami ? — Non , monsieur, mais cela ne fait rien : nous sommes trois qui courons de porte en porte , et notre ordre est de ne pas même oublier les couvents ni les boutiques. — Je ne suis pas curieux , ami ; je te rends grâce. — Ah ! monsieur , acceptez , je vous prie : je suis si chargé ! voilà bien du monde qui re*

MEMOIRES

fuse! — A kl bonne heure : et toi, prends ces luiit sous pour ta peine et ton présent. — Ma foi ! niousif ur , ça ne les vaut pas. Il court encore , et je me renferme .

Quel est donc ce nouvel écrit qu'on répand avec autant d'affectation que de profusion? Je l'ouvre, et je vois une seconde édition d'un mémoire apporté par le comte de La Blache en 1776 , et dont il avait alors inondé la Provence.

Je l'avais lu dans le temps ; je l'avais trouvés! pitoyable et tellement répondu partons mes précédents écrits, que j'avais empêché mes conseils de s'en occuper, dans une consultation pour moi faite à Paris, où l'on s'attachait uniquement au fond de l'affaire, et sans s'y permettre un mot qui sentît la personnalité.

Ce procès , leur disais-je, est .si clair et si bien connu, et le comte de La Blache a payé si cher le mal qu'il a voulu me faire , que je ne dois pas chercher à renouveler sa peine. Occupons-nous seulement à gagner le procès. Dans ma position , le bruit et l'éclat m'importuneraient beaucoup : des raisons iVoidi^s et simples , une discussion forte et légale, telle est la production que je désire uniquement de vous.

Depnis mon départ de Paris, ce mémoire à con- .suiter s'y était fait , ainsi que la consultation ; destiné seulement pour nos juges, on n'en avait pas tiré plus de cent exemplaires, et j'en avais remis un au procureur du comte de La Blache, à l'arrivée du ballot à Aix.

Lecture faite au conseil de mon adversaire, et mon silence lui faisant penser qu'il m'avait laissé sans réplique à ses imputations, il a cru qu'il devait courir au jugement et renouveler dans toute la province les injures qu'il y avait semés il y a deux ans. 11 a donc vivement pressé les magistrats , que je sollicitais de mon côté , de hâter l'instruction de l'affaire ; et. triomphant de ma modération, il a versé de nou- \eaii dans le public trois ou quatre mille exemplaires de sa consultation.

Mes amis et mes conseils , étonnés du froid mépris que je montrais pour cette injure et ces derniers cris d'un adversaire aux abois , en ont conclu que j'ignorais combien ses discours et ses ruses avaient échauffé les esprits dans cette ville. Votre défense est incomplète , ont-ils dit, si vous ne détruisez pas les impressions qu'il a répandues contre vous. 11 vous donne ici pour un maladroit fripon , fabricateur grossier des fausses apparences d'une intimité, d'unecorrespondancefamilière qui n'exista jamais entre vous et M. Duverney. Vous n'êtes plus a Paris , où tout était connu ; les choses ici sont poussées au point que, sur votre silence même, vous courez risque d'être accablé par la prévention : car votre adversaire est d'un glissant, d'une

activité, d'un insinuant, d'une adresse!.... et ses amis!....

Enfin, les miens me l'ont tant répété, m'ont si bien prouvé la nécessité de relever ses calomnies , que, sans m'affecter de leur appréhe.ision , je leur ai dit : Puisque vous pensez, messieurs, qu'il importe à mon honneur, si ce n'est pas à mon procès , d'enlever à l'ennemi le fruit éphémère de sa misérable intrigue, et son triomphe d'un jour en ce pays , oublions donc encore une fois qu'il est humiliant de se justifier , et laissant pour un mouient d'honorable travaux , ne posons pas la plume que son frêle et ridicule édifii-e ne soit renversé de fond en co.mble.

Il en résultera seulement un mal , imprévu par vous , mais très-certain pour moi ; c'est qu'il n'aura pas plutôt vu son masque arraché par cet écrit , qu'il va mettre autant d'obstacles , d'entraves au jugement du procès qu'il a l'air aujourd'hui d'eu souhaiter la fin.

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