LETTRE XXX VIL A M. BRET
Le 26 mars 1786.
Je vous envoie , brave censeur , mon étrange opéra pour l'apjjrouver. Je vous demande en grfice qu'il ne sorte pas de vos mains.
Si j'avais mis le véritable litre , il s'appellerait le Libre Arbiti-e, ou le Pouvoir de la Fertu; mais on m'eût accusé d'une prétention ridicule.
Sous cet aspect pourtant , j'espère que les choses fortes , sortant de caractères tranchants , trouveront grâce devant vous.
Pour opposer la confiante piété de Tarare et d',-/stasie aux fureurs du despote , à l'ambition du grand prêtre, et faire sortir de cet ensemble une profonde moralité, j'ai dû faire parler à cJiacun son langage : mais l'impie pontife est puni par la mort de son fils , le tyrau par la sienne; et le grand mot que ce prèirs
LETTRES
(lit en courounaut Tarare , // eut des dieux supré- 1 mes , etc. , aveu qui lui est arraché par la force des événements, est le correctif puissant de son incrédulité. Ainsi, quoique nous ne croyions point en Bnima, il n'en résulte pas moins qu'à l'aspect d'une justice inattendue sur de grands criminels , les hommes les plus impies sont ramenés malgré eux à reconnaître une Providence ; et c'est ce que j'ai voulu dire. Il est consolant, mon ami , que la conclusion de mon drame soit si vraie :
Mortel , qui que ta sois , brame , prince ou soldat , Homme .' ta grandeur sur la terre N'.ippartient point à ton état :
Elle est toute à Ion caractère.
Au reste , mon ami , j'aimerais mieux que cette pièce ne fût jamais jouée que si elle était aplatie. Je vous salue , vous honore et vous aime.
Le reclus Beaumarchais.
Gardez nîon manuscrit le moins que vous pourrez ; votre ami n'en a pas d'autre.
LETTRE XXXVm.