ACTE I, SCENE I
PAULINE l'inlerroinpt.
Je ne suis pas curieuse. — Parlons de la pelilc fête que nous préparons à mon oncle , à l'occasion de ses lettres de noblesse : y songez-vous ?
J'ai tout arrangé dans ma tête. Nous commencerons par un concert ; peu de monde , nous et nos maîtres. Sur la fm, on viendra l'avertir qu'on le demande. Pendant son absence , un tapis , deux paravents feront l'affaire , et nous lui donnerons la plus jolie petite pièce...
Oh ! point de comédie.
Pourquoi ?
PAULINE
Vous connaissez la faiblesse de ma poitrine
On ne crie i)as la comédie , ce n'est qu'en parlant qu'on la joue bien. Figure charmante ! organe llexible et touchant ! de l'âme surtout... que vous manque-t-il.' une jeune actrice se fait toujours assez eutendre , lorsqu'elle a le talent de se faire écouter.
PAULINE
Oh ! ce n'est ni d'éloquence , ui d'adresse qu'on
vous accusera de manquer, pour ramener les gens à
vos idées... Et les couplets que je vous ai denutu-
dés ?
MÉLAC FILS , tendrement.
Vous craignez qu'on ne les oublie! injuste Pauline ! . . .
PAULINE, l'interrompant en s'asseijant.
Essayons encore une pièce avant de m'habiller. MÉLVC FILS , s'assM/'an^f/e l'accord du riolfin. Volontiers.
PAULINE
Donnez-moi le nouveau livre.
MÉLAC Fihs, avec humeur. Pourquoi ne pas suivre le même ?
PAULINE
Pour sortir un peu de l'ancien genre. Aurp.i-ic, comme c'était uniquement pour vous...
MÉLAC FILS , d'tm air ificrédulc.
Oui ! pour moi !
PAULINE, riant.
Voilà bien les ingrats ! cherchant toujours à diminuer l'obligation , pour n'être point tenus de la reconnaissance ! Cette musique n'est-elle pas plus piquante , plus variée ?
MÉLAC FILS, mécontent.
Piquante , variée , délicieuse ! C^est le beau Saiiil- Alban qui vous l'a choisie à Paris.
PAULINE
Et toujours Saint- Alban ! Vous êtes bien étrange ! Votre souverain bonheur serait que personne ne m' ai mal !
ss
MELAC FILS.
Je ne serai donc jamais lieureux.
PAULINE
Vous voudriez... qu'on ne pût me souffrir.
Je ne désire point l'impossible.
PAULINE , gaiemeiit.
Hé ! il ne faudrait pas trop vous presser pour vous le faire avouer ingénument.
Non; mais il est assez simple que je n'aime point un homme qui affiche des sentiments pour vous.
PAULINE
Pour le venger de cette humeur, vous accompaf;Derez sa favorite.
Oh! non.
(Il pose le violon sur une chaise. ) PAULINE.
Vous me refusez?
J'aime mieux demander pardon de tout ce que
j'ai dit.
( Il se met à genoux. )
PAULINE
Et moi , je le veux.
C'est une tyrannie.
PAULINE , plaisantant.
Obéissez , ou je ne vous appelle plus mon ftère. MELAC FILS, d'un air hypocvite , en se relevant.
Si ce nom vous déplaît , vous avez un autre moyen de m'y faire renoncer.
Et c'est...
De m'en permettre un plus doux.