‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 72 sur 630 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

PAULINE l'inlerroinpt.

Je ne suis pas curieuse. — Parlons de la pelilc fête que nous préparons à mon oncle , à l'occasion de ses lettres de noblesse : y songez-vous ?

J'ai tout arrangé dans ma tête. Nous commencerons par un concert ; peu de monde , nous et nos maîtres. Sur la fm, on viendra l'avertir qu'on le demande. Pendant son absence , un tapis , deux paravents feront l'affaire , et nous lui donnerons la plus jolie petite pièce...

Oh ! point de comédie.

Pourquoi ?

PAULINE

Vous connaissez la faiblesse de ma poitrine

On ne crie i)as la comédie , ce n'est qu'en parlant qu'on la joue bien. Figure charmante ! organe llexible et touchant ! de l'âme surtout... que vous manque-t-il.' une jeune actrice se fait toujours assez eutendre , lorsqu'elle a le talent de se faire écouter.

PAULINE

Oh ! ce n'est ni d'éloquence , ui d'adresse qu'on

vous accusera de manquer, pour ramener les gens à

vos idées... Et les couplets que je vous ai denutu-

dés ?

MÉLAC FILS , tendrement.

Vous craignez qu'on ne les oublie! injuste Pauline ! . . .

PAULINE, l'interrompant en s'asseijant.

Essayons encore une pièce avant de m'habiller. MÉLVC FILS , s'assM/'an^f/e l'accord du riolfin. Volontiers.

PAULINE

Donnez-moi le nouveau livre.

MÉLAC Fihs, avec humeur. Pourquoi ne pas suivre le même ?

PAULINE

Pour sortir un peu de l'ancien genre. Aurp.i-ic, comme c'était uniquement pour vous...

MÉLAC FILS , d'tm air ificrédulc.

Oui ! pour moi !

PAULINE, riant.

Voilà bien les ingrats ! cherchant toujours à diminuer l'obligation , pour n'être point tenus de la reconnaissance ! Cette musique n'est-elle pas plus piquante , plus variée ?

MÉLAC FILS, mécontent.

Piquante , variée , délicieuse ! C^est le beau Saiiil- Alban qui vous l'a choisie à Paris.

PAULINE

Et toujours Saint- Alban ! Vous êtes bien étrange ! Votre souverain bonheur serait que personne ne m' ai mal !

ss

MELAC FILS.

Je ne serai donc jamais lieureux.

PAULINE

Vous voudriez... qu'on ne pût me souffrir.

Je ne désire point l'impossible.

PAULINE , gaiemeiit.

Hé ! il ne faudrait pas trop vous presser pour vous le faire avouer ingénument.

Non; mais il est assez simple que je n'aime point un homme qui affiche des sentiments pour vous.

PAULINE

Pour le venger de cette humeur, vous accompaf;Derez sa favorite.

Oh! non.

(Il pose le violon sur une chaise. ) PAULINE.

Vous me refusez?

J'aime mieux demander pardon de tout ce que

j'ai dit.

( Il se met à genoux. )

PAULINE

Et moi , je le veux.

C'est une tyrannie.

PAULINE , plaisantant.

Obéissez , ou je ne vous appelle plus mon ftère. MELAC FILS, d'un air hypocvite , en se relevant.

Si ce nom vous déplaît , vous avez un autre moyen de m'y faire renoncer.

Et c'est...

De m'en permettre un plus doux.

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