‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 1 sur 71 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En 1873, la librairie Michel Lévy publiait un recueil

j^ intitulé les Dernières nouvelles de Prosper Mérimée.

Deux d'entre elles, à vrai dire, étaient fort anciennes :

Federigo et les Sorcières espagnoles datent de 1829 et de

1830; une troisième enfin était une traduction.

Restent donc quatre nouvelles originales qui peuvent justement porter le titre de Dernières nouvelles et qu'on trouvera réunies ici : // Viccolo di Madama Lucrezia, la Chambre bleue, Djoûmane et Lokis.

Elles présentent certainement une unité. Elles forment un post-scriptum à l'œuvre de Mérimée conteur, puisqu'elles furent composées pendant ces vingt années où Mérimée se consacra à des travaux historiques. Aucune d'elles ne fut écrite pour le public, et une seule, Lokis, parut de son vivant. Mérimée les destinait à ceux qu'il fréquentait et notamment à l'impératrice Eugénie.

Elles ont d'ailleurs entre elles des affinités littéraires marquées : l'auteur cherche surtout à y faire preuve d'in- I géniosité dans l'arrangement des détails; et elles ont \^, toutes un fond de grivoiserie plus ou moins déguisé. K Ce double aspect, Mérimée l'exprime dans sa correspon- ^ dance en les désignant toutes indifféremment sous le nom de petites drôleries.

Dernières Nouvelles. a

îl INTRODUCTION

La plus ancienne de ces quatre nouvelles est certainement // Viccolo. Il existe, en effet, un manuscrit de Mérimée portant à la fin, et de la main de l'auteur, la date : 27 avril 1846. Ce manuscrit, orné de deux jolies aqua- . relies de Mérimée, fut offert par lui à M*"** Odier, née de Laborde * .

Le cadre de la nouvelle a été fourni à l'écrivain par les visites qu'il fit à Rome en 1839 et 1841. Il en avait rapporté de très beaux souvenirs, comme le prouve sa correspondance. Il écrit en effet à l'Inconnue, en mars 1842 :

«... Pourquoi n'iriez-vous pas à Rome et à Naples voir des tableaux et du soleil? Vous êtes digne de comprendre l'Italie, et vous en reviendrez riche de quelques idées et de quelques sensations. Je ne vous conseille pas la Grèce. Vous n'avez pas la peau assez dure pour résister à toutes les vilaines bêtes qui mangent le monde. »

Les portraits et les statues de femmes l'avaient beaucoup frappé, £omme le montre une lettre à l'Inconnue, datée du 27 août 1842 :

« ... Si vous vous étonnez que toutes les déesses soient blondes, vous vous étonnerez bien davantage à Naples, en voyant des statues dont les cheveux sont peints en rouge. Il paraît que les belles dames autrefois se poudraient avec de la poudre rouge, voire même avec de la poudre d'or. En revanche, vous verrez aux peintures des Studij quantité de déesses avec des cheveux noirs... »

1. Il est actuellement en la possession du vicomte de Suzannet, qui nous l'a fort obligeamment communiqué.

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