‹ [Œuvres complètes]Chapitre 102 sur 135 · DONA MARIA, FRAY EUGENIO · texte numérisé non relu

DONA MARIA, FRAY EUGENIO

FUAY EUGENIO, i part. La pauvrc enfant est toute tremblante, elle me fait peine.

noNA MARIA à pari. Il hésitc à me parler.

FUAV EUCENIO lui rendant «a lettre ouverte. Dona Maria, Voici

votre lettre, je l'ai lue.

Do.NA .MARIA. Vos rcprochcs sout inutilcs, Fray Eugenio; vous pouvez me les épargner.

FRAV i;i)(;kmo. Non, Dona Maria, jo ne vous ferai pas de reproches, car je suppose que votre conscience a déjà parlé, et que vous vous repentez au fond de votre âme de m'avoir écrit cet étrange billet. La confusion <|ue je lis sur voti-e visage me prouve que le cœur n'est point corrompu chez vous, et que la tête seule, qui est folle par trop de jeu-

nessc, vous a conseillé cette étourdeiie. Je pourrais vous faire sentir combien il est mal, je dirais presque impie, de tenir un langage aussi... mondain à un ministre du Seigneur, qui est lié par des vœux solennels. Il faut que ma conduite ait été bien légère et bien répréhcnsible pour que vous ayez pu doutef à ce point de ma piété. Je suis presque* aussi coupable que vous, et je n'ai pas le droit de me plaindre. Mais, ma pauvre enfant, je ne veux que vous montrer quelle était votre folie. Je suppose, pour un instant, que j'eusse pu oublier les sermens que j'ai prononcés à la face des autels, que je me fusse rendu coupable d'une action criminelle pour tout homme, sacrilège et abominable pour un prêtre; à quelle suite de malheurs ne vous seriez-vous pas condamnée! Un homme du monde qui séduit une jeune fille peut toujours réparer sa faute : un prêtre ne le peut. Le mystère et la prudence cachent un temps le crime aux yeux du monde, mais tôt ou tard le secret est connu, et le scandale est énorme. Votre réputation, le bien le plus précieux d'une femme, serait perdue à jamais; et, pour quelques jours passés au milieu de faux plaisirs, vous vous seriez préparé des années de regrets et de remords.

DONA MARIA. Fray Eugeuio, pourquoi ne vous êtesvous pas souvenu de toutes ces belles réflexions quand vous avez parlé d'amour à Francisca?

KRAY EUOENio. Fraucisca ! que voulez-vous dire?

DONA .MARIA. Fraucisca m'a tout dit, Fray Eugenio.

l'occasion 347

J'ai à me plaindre de vous : j'ai été franche, trop franche avec vous, et vous êtes hypocrite avec moi.

FUAY Kur.EMO. Ah! gardez-vous de croire...

DONA MARIA. Et c'est dans ce jardin, sous cet oranger, que vous parlez en prêtre ! pourquoi ne me ditesvous pas : « J'aime Francisca? » Cela aurait été d'un galant homme.

FRAY el{;enio. Je suis confondu! Oui, mademoiselle, vous êtes maîtresse de notre secret, et vous pouvez nous perdre si vous le voulez.

DoNA MARIA. Ah! Fray Eugenio, qu'ai-je donc fait pour que vous me soupçonniez d'une telle bassesse ?

FRAY Et(;ENio. J'ai tort, je l'avoue, mademoiselle; mais je dois vous paraître si coupable... je le suis tant en effet!... Je savais à quels dangers j'exposais votre amie; mais, croyez-moi, j'ai combattu longtemps cette passion funeste, et si j'ai cédé...

Do>A MARIA. Vous u'avcz pas besoin de vous justifier auprès de moi; je vous comprends et je vous approuve. Il est un moyen de vous soustraire à ces dangers : j'en parlais tout à l'heure à Francisca... Il faut fuir dans un pays où vous pourrez vous marier.

FRAY EUGENIO. Ah! je le désire, mais...

DONA MARIA. Tout ccla cst facilc avec de l'argent. Je puis en prêter à dona Francisca; vivez heureux avec elle.

FRAY EL(;iMo. Tant de générosité m'accable et inhumilic...

DONA MAIUA. AdicU, FlBY EugCIlio. lïsourianl.) VoUS

concevez que maintenant votre conversation n'a plus tant de charmes pour moi; ainsi, séparonsnous.

FRAY eu(;ëmo. Croyez que ma reconnaissance...

DOKA MARIA. AdicU.

FRAY EUGENIO. Permcttez-moi. . . |II veut lui baiser la main. >

DONA .MARIA. Jc ne suis plus une femme pour vous, Fray Eugenio; je suis tout au plus... une amie.

FRAY EUGEMO. Puissiez^vous trouver un cœur digne du vôtre ! di sort.)

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