‹ [Œuvres complètes]Chapitre 73 sur 135 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

La place du marché à Monclar. Un échataud est dressé au milieu

Enlrent Don Esteban, alguazils, Mendo ; un valet portant sa hache, le curé, le greffier; habilaos de Monclar.

LE CURÉ à Don Esteban. Adicu, mon fils. Dicu aura pitié de vous. Dans peu vous échapperez aux peines de ce

monde. (Il l'embrasse.)

LE GREFFIER. Scigueur, vcuillcz souffrir qu'on vous bande les yeux.

D. ESTEBAx. Je saurai voir venir la mort. — Et toi, Mendo... fais ton métier... bien si tu peux. .11 «'agenouiiie.) Suis-je bien comme cela?

INÈS MENDO 219

i.E VALET. Oui, monseigneur. Dieu vous fasse miséricorde !

TOUS fxcepté Mcntlo. AmeU !

I). ESTKBAN au curé. Adieu, mou pèrc ! LE VALET à Mendo. Vous prenez lu haclie de la main gauche?

MENDO. Je ne suis plus bourreau! Il se coupe la main droite. Grand tumulte.)

INÈS entrant. Arrêtez ! (Montant sur l'échafaud.) NoUS mOUr-

rons ensemble! Vous tuerez votre fille avec lui!

MENDO lui montrant 8on bras mutilé. Puis-jc lui faire du mal,

maintenant?

INÈS. Mon père ! — Ësteban !

LE GREFFIER. Qu'est-cc que cela veut dire?

LE CURÉ. Qu'on attende le roi!

PAYSANS DE MONCLAH. Mcndo, tu cs un bravc homme, et ce gentilhomme aussi. N'ayez pas peur, nous empêcherons que l'alcade* ne vous fasse mourir.

Ils montent sur l'écharaud : les uns en chassent les al)!:uazils, pendant que les autres s'empressent autour de .Mendo.

D. LUIS entrant & cheval. Grâcc î grâcc ! arrêtez. Dieu soit

loué, il en est temps encore, ill descend de cheval et embrasse son fils.)

D. ESTEBAN. Ëmbrasscz mon sauveur. Il s'est coupé la main plutôt que de me frapper.

D. LUIS embrassant Mendo. Ah! Mcudo, que SOnt mCS

titres de noblesse, devant une action comme la vôtre ? Vous êtes un Romain, comme Sénèque.

Bruit de tambours. Le roi entre avec ses gardes '.

220 PKOSPER MÉRIMÉE

TOUS. Vive le roi!

LE ROI. D'où vient tout ce tumulte*? Où est l'alcade*? Don Luis, expliquez-moi cela. Je ne puis rien entendre dans ce bruit confus de voix, qui toutes me disent la même chose.

[). Luis lui parle bu, tandis que

LA FOULE cric : Gi'âce ! ffi'âce !

LE ROI. Il est impossible de ne pas admirer tant de générosité. Juan Mendo, mettez-vous à genoux. Relevez-vous, Don Juan Mendo. Vous êtes gentilhomme.

MENDO. Sire, je vous baise les pieds... mais...

LK noi. Don Esteban, je vous pardonne, mais à condition que vous épouserez la fille de Mendo.

D. ESTEBAx. C'cst ma plus chère envie!

INÈS à Esteban, Enfin, je puis t'aimer*!

LE ROI. Je veux signer le contrat. Qu'on fasse venir un chirurgien. Fasse le ciel qu'ainsi les préjUGÉs SOIENT VAINCUS daus toute l'Espagne!

INÈS. Ainsi finit la comédie d'iNÈs Mendo. Excusez les fautes de l'auteur. Si cette première partie a su VOUS plaire, l'auteur espère que vous accueillerez avec bienveillance la seconde partie, sous le titre de

TRIO.MPHE ou PRÉJUGE.

FI.N I) INES MENDO.

NOTES

1. Clara* n donné nn patois (j^alicien à Inès; on sent qu'il est impossible de rendre dniis une traduction les légères différences de langage qui distinguent les habituns de plusieurs provinces de l'Espagne. Nous remarquerons seulement que, dans la seconde partie d'Inès Mendo, le langage d'Inès est beaucoup plus chûtié, et l'on n'y retrouve que de temps en temps des locutions vulgaires et des mots de patois.

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