CHAPITRE Yi
Pâge 87. — Comment, monsieur Helvétius, vous sccordez
à l'adolescence! une plus grande capacité d'apprendre qu'à 4, = I en ent du printemps de la vio comme du printemps de l'année, C'est dans la jeunesse de l'homme que se nouent ea lai les pensées sublimes qui daïrent
2 jour le rendre célèbre, » Lu l'Homme, — Voyez aussi Montaigue, Essais, Dr, L e. svit,
mais jamais à suppléer l'aptitude qui manque. C'est à cette infructueuse opiniâtreté d'un travail ingrat que j'attribuerais volontiers la nude des imitateurs en tout genre. Ils voient faire les autres, ils s'efforcent de faire comme eux; leurs yeux ne sont jamais tournés au dedans d'eux-mêmes, ils sont toujours attachés sur un modèle qui est au dehors. La sorte d'impulsion qu'on leur remarque, c'est le choc d'un génie étranger qui la leur communique. La nature pousse l'homme de génie, l'homme de génie pousse l'imitateur. 11 n'y a point d'intermédiaire entre la nature et le génie qui est toujours interposé entre la nature et l'imilateur. Le génie attire fortement à lui tout ce qui se trouvé dans la sphère de son activité, qui s'en exalte sans mesure, L'imitateur n'attire point, il est attiré; il s'aimante par le contact avec l'aimant, mais il n’est pes l'aimant.
Page 44. — La faim se renouvelle plusieurs fois par jour et devient dans le sauvage un principe très-actif.
Cela se peut; mais ce principe si impérieux produit moins . de forfaits en cent ans parmi les sauvages, qu'à la Chine, dans le plus sage des empires, il ne s'en commet en un mois de disette.
Ce que j'ose avancer de la faim est encore plus vrai de toutes les autres passions.
Nous préférez donc l'état sauvage à l'état policé? Non. La population de l'espèce va toujours en eroissant chez les peuples policés, et en diminuant chez les nations sauvages. La durée moyenne de la vie de l'homme policé excède la durés moyenne de la vie de l'homme sauvage. Tout est dit.
La contrée la plus heureuse n'est pas celle où il s'élève le moins d'orages ; c'est celle qui produit le plus de fruits. J'aime rais mieux habiter les pays fertiles où la terre tremble sans cesse sous les pieds, menace d'engloutir et engloutit quelque= fois les hommes et leurs habitations, que de languir sur une plaine aride, sablonneuse et tranquille. J'aurai tort lorsque je verrai les peuples de Saint-Domingue ou de la Martinique aller chercher les déserts de l'Afrique.
Qui, monsieur Rousséau, j'aime mieux le vice raffiné sous un habit de soie que la stupidité féroce sous une peau de bête,
J'aime mieux la volupté entre les lambris dorés et sur la mollesse des coussins d'un palais, que ls misère pâle, sale et
INTITULÉ L'HOMME. “is
retombés dans la barbarie lorsqu'ils furent attaqués par les bar= bares, je doute qu'ils en eussent été subjugués. Je me joins ici à Helvétius contre Rousseau.
Page 56.— En tout genre de commerce, c'est la demande qui précéde l'offre.
Je ne pense pas que cela soit toujours vrai. Un artiste ingémieux invente un objet de luxe, il l'exécute, il le produit, il plaît; 4 l'instant les demandes sans nombre s'adressent à lui, il y satisfait et le voilà riche. I est vrai qu'au moment où la demande cesse, l'art disparaît.
NOTES
Page 61.— Ce n'est pas le sentiment du beau moral qui fait travailler l'ouvrier, mais bien la promesse de vingt-quatre sous pour boire.
Je ne sais si c'est le premier, mais l'expérience m'a souvent appris que ce n'était pas toujours le second, Il y a tel ouvrier honnête et tellement jaloux de sa réputation, qu'on lui offrirait inutilement de l'argent pour faire un mauvais ouvrage. J'en ai connu un qui éxcellait dans l'art de travailler les instruments de la chirurgie dont les opérations lui étaïent familières; quoique sa fortune fût peu considérable et qu'il y eût beaucoup plus à gagner à se prêter aux visions d'un mauvais chirurgien qu'à fabriquer un bon instrument, une forte somme d'argent ne l'y aurait pas déterminé : il se serait regardé comme le complice d'une opération funeste; il ne faisait aucune diflérence entre un ouvrier qui aurait fabriqué un pareil instrument, contre ses lumières et sa conscience, et celui qui aurait fabriqué un poignard destiné à tuer le malade.
Page 62. — N'aperçoit-on plus dans les souffrances celles merquelles on est soi-même sujet, on devient dur,
Je ne crois pas que ce soit par cette raison que le médecin où le chirurgien s'endurcit; c'est qué ln sensibilité s'affaiblit par l'habitude. Le médecin cesse de compatir, à peu près comme, dans une longue maladie, le malade, et dans la longue infortune, le malheureux, cessent de se plaindre, ou, plus exactement, comme, à la quatrième représentation d'une tragédie, le spectateur cesse de pleurer,
INTITULÉ L'HOMME. is goûts, à ses passions, à ses fantaisies, rien qui excède les justes limites qui lui sont prescrites par sa richesse, 11 a de l'or; quel emploi veut-on qu'il en fasse, si ce n'est de multiplier ses jouissances?
11 n'y a point de luxe chez le citoyen aisé, s'il n'a ni goûts, . nipassions, ni fantaisies ruineuses.
Al ne peut y avoir de luxe chez le pauvre, puisqu'il manque du nécessaire à ses besoins.
Le luxe naît done d'un usage insensé de sa fortune, .
Et quelle peut être la cause de cet usage insensé, je ne dix pas dansun citoyen, mais chez loute une nation?
Cette cause? C'est le trop d'importance attachée à la richesse jointe à une distribution trop inégale de la fortune.
Alors la société se divise en deux classes : une classe très étroite des citoyens qui sont riches et une classe très-nombreuse des citoyens qui sont pauvres.
Dans la première classe, le luxe est unc ostentation de la richesse; dans la seconde, le luxe est un masque de la misère.
Cette ostezsation, poussée à l'excès, amène la ruine du riche, et, de là, le peu de durée des grandes fortunes.
Ce masque comble la misère du pauvre,
Cette espèce de luxe estnécessairement suivi de la corruption des mœurs, deladécadence du goût et de lachute de tous les arts.
Par une sotte émulation il n'y a point d'extravagances dans + Jesquelles le riche ne se précipite, point de bassesses auxquelles Je pauvre ne se détermine.
L'extérieur confond tous les rangs. Pour soutenir cet extérieur, hommes et femmes, grands et petits, tous se prostituent en cent manières diverses. L'indigence est la seule chose dont on rongisse.
On fait beaucoup de statues, mais on les fait mauvaises ; on fait beaucoup de tableaux, mais on n’en fait point de bons; on fait beaucoup de pendules, de montres, mais on les fabrique mal, Rien n’est d'utilité, tout est de parade,
Sil'on suppose une répartition plus égale de la richesse et une aisance nationale proportiônnée aux différentes conditions, si l'or cesse d'être la représentation de toutes les sortes de mérite, alors on verra naïtre un autre luxe. Ge luxe, que j'appelle le Los, produira des effets tout contraires au premier.