INTRODUCTION
Dans l'orage révolutionnaire, rien n'apparaît plus séduisant, plus mystérieux et plus grand que cette figure calme et douce, qui resplendit comme celle d'un dieu de marbre au-dessus de l'agitation des partis. Il semble que la Révolution ait condensé dans les lignes de ce visage tout ce que la vertu républicaine, tout ce que l'héroïsme jacobin avaient de plus sublime et de plus profond. L'enthousiasme tranquille et sûr, la noblesse du caractère, la sagesse et la. prudence de l'esprit, et cette conscience de soi-même que donne une inflexible volonté, toute cette combinaison harmonieuse d'éléments divers s'était accomplie dans le cœur et dans le cerveau de ce jeune homme de vingt-cinq ans *. Le même charme surnaturel dont sa jeunesse et sa beauté enveloppaient la Convention saisit et subjugue encore ceux qui entrent dans le rayonnement de cette grande figure. Ses historiens, Louis Blanc, Miche-
1. Saint-Just naquit à Decize (Nièvre), le 25 août 1761. Il avait donc exactement 25 ans quand il fut élu à la Convention, le 2 septembre 1792.
vr INTRODUCTION
let, Ijamartine, Ernest Ilamel, ont ressenti tour îx tour Finflucnce de cette perfection presque divine. Ceux-là môme qui n'ont pris la plume que pour combattre et condamner son œuvre n'ont pu échapper, lorsqu'ils ont été sincères, à cette sorte de séduction, que constate précisément l'un d'eux, Edouard Fleury, en racontant l'élection de Saint-Just à la Convention : « Le nom de Saint-Just, dit-il, fut proclamé par le président de l'Assemblée au milieu des applaudissements enthousiastes de ses amis. Quand le jeune conventionnel apparut dans la salle, ce fut un concert d'acclamations auxquelles se joignirent même les électeurs qui tout à l'heure lui avaient refusé leurs voix. Sa tendre jeunesse, son grand air, l'intelligence froide qui rayonnait sur son front, sa confiance en lui-même, avaient triomphé des hostilités '. »
Plus encore que sa beauté physiqjie, la beauté morale de Saint-Just domine et confond. Quand, dans sa vieillesse, on interrogeait sur son frère M"' Louise de Saint-Just, devenue M""' Decaisne, elle répondait d'ordinaire par ces seuls mots : « Il était si beau! » Et elle ajoutait : « Il était si bon! » Cette bonté, dont le souvenir s'est ainsi transmis dans sa famille, chacun des actes de sa vie en est un témoignage éloquent. Sa sollicitude à l'égard de sa mère et de ses sœurs*, son culte pour l'amitié, dont