‹ Œuvres complètes;Chapitre 33 sur 144 · LETTRE A CAMILLE DESMOULINS · texte numérisé non relu

LETTRE A CAMILLE DESMOULINS

Celle lettre fut écrite par'Saint-Just à Camille Desmoulins au lendemain de rAssemblée de Cliauny, dont elle éclaire certains détails ;

Monsieur,

Si vous étiez moins occupé, j'entrerais dans quelques détails sur l'Assemblée de Chauny, où se sont trouvés des hommes de toutes trempes et de tout calibre. Malgré ma minorité, j'ai été reçu. Le sieur Gellé, notre confrère au bailliage de Vermandois, m'avait dénoncé. On l'a chassé par les épaules. Nous avons vu là vos compatriotes MM. Saulce, Violette et autres, dont j'ai reçu beaucoup de politesse. Il est inutile de vous dire (car vous n'aimez pas la sotie louange) que votre pays s'enorgueillit de vous.

Vous avez su avant moi que le département était définitivement à Laon. Est-ce un bien, est-ce un mal pour l'une ou l'autre ville? Il me semble que ce n'est qu'un point d'honneur entre les deux villes, et les points d'honneur sont très peu de chose presqu'en tout genre.

Je suis monté à la tribune, j'ai travaillé dans le dessein de porter le jour dans la question du chef-lieu ; mais je ne suivis rien; je suis parti chargé de compliments comme l'àne de reliques, ayant cependant cette confiance qu'à la

DE 1790 A 1702 22i

prochaine législature je pourrai êlre des vôtres à l'Assemblée nationale.

Vous m'aviez promis de m'écrire, mais je prévois bien que vous n'en aurez pas eu le loisir. Je suis libre à l'heure qu'il est. Retournerai-je auprès de vous ou resterai-je parmi les sots aristocrates de ce pays-ci?

Les paysans de mon canton étaient venus, alors de mon retour de Chauny, me chercher à Manicamp. Le comte de Lauraguais fut fort étonné de cette cérémonie rusti-patriotique. Je les conduisis tous chez lui pour le visiter. On nous dit qu'il est aux champs et moi cependant je fis comme Tarquin; j'avais une baguette avec laquelle je coupai la tête à une fougère qui se trouva près de moi, sous les fenêtres du château, et sans mot dire nous fimes volte-face.

Adieu, mon cher Desmoulins. Si vous avez besoin de moi, écrivez-moi. Vos derniers numéros sont pleins d'excellentes choses. Apollon et Minerve ne vous ont point encore abandonné, ne vous en déplaise. Si vous avez quelque chose à faire dire à vos gens de Guise, je les reverrai dans les huit jours à Laon où j'irai faire un tour pour atTaires particulières.

Adieu encore, gloire, paix, et rage patriotique.

Saint-Jl-t.

Je vous lirai ce soir, car je ne vous parle de vos derniers numéros (jue par ouï-dire.

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