‹ Œuvres complètes;Chapitre 4 sur 144 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

tés. On veut Tinterroger, on veut lui arrachor des aveux atroces et de lâches mensonges qui puissent flélrir la mémoire de son ami. Mais lui, s'adressanl avec courage à ceux qui venaient de proscrire leurs collègues et de sacrifier leur patrie : « Vous avez « beau, leur dit-il, vouloir me llallcr ou me mena- « ccr, la crainte ni l'espérance ne changeront point <( mon cœur, et je ne trahirai point Tamitié ni la <( vérité; mais je vivrai pour les venger. »

« On le retient au comité sous prétexte de Tinterroger encore.

« De retour dans son cachot, il meurt en proie aux plus horribles tourniens.

« J'avais été le témoin de sa douloureuse agonie, et j'attendis quelque temps en silence pour savoir quel serait mon sort. Mais enfin, las de la vie et spectateur forcé de tous les crimes qui pesaient sur mon pays, je résolus d'obtenir un terme à mes souffrances. J'écrivis au gouvernement, qu'une loi ordonnait de mettre en liberté ou en jugement les détenus; qu'une autre les autorisait à réclamer les motifs de leur arrestation ; et je demandai qu'on me fit jouir du bienfait de ces lois. Peu de jours après, je reçus un écrit oiî il n'y avait que ces mots : Ami du conspirateur Saint-Just.

«. Tel est donc mon crime! m'écriai-je. Eh bien ! tyrans, vous croyez me réduire à descendre à une justification^ vous espérez que je serai capable de désavouer un homme que jaimais. Mais il est des lignes qui seront immortelles ; je les confie à des

INTRODUCTION ix

mains sûres. Elles vengeront mon ami, elles me vengeront moi-même, elles vous accuseront dans l'avenir, et vous serez flétris, et je serai estimé.

(( Trop obscur pour m'enorgueillir de moi , je paraîtrai avec gloire à côté de celui dont j'aurai défendu l'innocence, et que j'aurai avoué pour mon ami, quand tout l'abandonnait sur la terre. Ces lignes, je vous les adresse à vous-mêmes, tyrans. Je veux que vous les connaissiez et qu'elles fassent votre supplice, car vous frémirez de rage en les lisant, et le courage et la vertu d'un homme libre feront pâlir les oppresseurs de mon pays.

« La Révolution, qui marche avec des pieds de feu, vous atteindra dans sa course dévorante, et vous serez frappés comme ceux dont vous insultez aujourd'hui les cadavres. Mais ils seront absous au tribunal des siècles; ils triompheront dans la postérité, tandis que vous serez ignominieusement traînés à la voirie.

« Oui, je rougis d'être membre d'une cité qui souffre un gouvernement tel que le vôtre, en divorce avec la justice, la vertu et la nature. Mais je me glorifie d'être dans vos bastilles et de grosssir le nombre de vos victimes.

« Qui êtes-vous, vous qui déclarez la guerre à l'amitié, qui érigez en crime les affections les plus légitimes et les passions les plus généreuses? Ah ! tous les hommes de bien qui n'ont pas de poignards à opposer à vos forfaits, doivent périr, plutôt que d'avoir les yeux souillés par votre insolent triomphe, et vous dire comme Thraséas à Néron : Puisque la

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