CHAPITRE XIV
De la liberté de la Presse.
Elle est devenue celle de l'esprit humain et l'un des ressorts de la liberté civile en dévoilant l'oppression; cette,
découverte manquait à la franchise de l'antiquité; elle était à peu près remplacée, à la vérité, par les harangues populaires, mais il arrivait des occasions où les harangueurs devenaient muets ; par exemple quand les tyrans se rendaient absolus. Le calme et l'esprit de nos monarchies no demandent point qu'on discoure dans les places publiques'; cela n'irait guère que dans de pressants périls, comme aux jours de la prise de la Bastille; on ne s'aperçut jamais plus qu'à cette époque combien l'esprit, et bien plus encore le cœur humain, brûlaient pour la liberté. Mais ces orateurs qui préparaient alors la Constitution auraient ensuite bouleversé le gouvernement paisible. Les harangues dévoraient les factions; les figures, les mouvements étaient hardis; les images des hommes sauveurs de la patrie et des lois étaient étreintes ; ramenée contre l'ennemi commun, l'éloquence exerçait une partie de la souveraineté ; mais ce ne fut que dans les plus beaux jours, de si courte durée, que la liberté des auteurs nourrit la vertu; quand la crainte, la corruption et le dégoût des grandes causes les firent taire, les lois se turent bientôt; c'est pourquoi nous voyons la décadence des républiques suivre la décadence des belles-lettres.
L'impression ne se tait point, elle est une voix impassible, éternelle, qui démasque l'ambitieux, le dépouille de son artifice et le livre aux méditations de tous les hommes; c'est un œil ardent qui voit tous les crimes et les peint sans retour; elle est une arme à la vérité comme à l'imposture. Il en est de l'imprimerie comme du duel, les lois qu'on porterait contre elle seraient mauvaises, elles prendraient le mal loin de sa source.
Camille-des-Moulins, quelles que soient l'ardeur et la passion de son style, ne put être redouté que par des gens qui méritaient qu'on informât contre eux; l'orateur, d'ailleurs estimable, qui le dénonça, justifia le cri des tribunes, il était ami ou dupe de ceux qu'épouvantait la I censure.
On ne peut s'empêcher d'admirer l'intrépidité de Loustalot, qui n'est plus, et dont la plume vigoureuse fit la
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guerre à l'aiiibilion; c'est lui qui disait à peu ])iôs qu'il s'ennuyait de la célébrité d un inconnu.
Marat eut été un scyllie à Persé|)olis; sa pénétration fut ingénieuse à chercher de la profondeur aux moindres démarches des hommes; il eut une àme pleine de sens mais trop inquiète.
ViHaiû dWubirini/, de la section des Tuileries, fut moins connu parce (ju'il n'écrivait point,' mais il discourait avec vigueur.
Carra eut trop d'esprit pour la liberté; il n'eut point assez de sang-froid contre le flegme des fripons.
Mercier déploya le courage qu'avait persécuté le despotisme, mais la légèreté d'une gazette convenait peu à la fierté de son caractère.
Danton fut plus admirable par sa fermeté (jue par ses discours pleins de force.
Je ne parle point des Lameth, des Mirabeau, des Robespierre, dont l'énergie, la sagesse et l'exemple donnèrent beaucoup de force aux nouvelles maximes.
Ces écrivains et ces orateurs établirent une censure qui fut le despotisme de la raison et presque toujours de la vérité x: les murs parlaient, les intrigues devenaient bientôt publiques, les vertus étaient interrogées, les cœurs fondus au creuset.