A ZANTE
Belle île ! qui de la plus belle de toutes les fleurs tires le plus aimable de tous les noms aimables, le tien, combien de réminiscences et de quelles heures radieuses ! s’éveillent d’abord à ta vue et de tout ce que tu contiens ! Combien de scènes et de quelle félicité disparue ! Combien de pensées et de quelles espérances ensevelies ! Que de visions d’une jeune fille qui n’est — • plus, non, plus sur tes pentes de verdure ! Plus ! hélas ; ce triste et magique mot transforme tout ! tes charmes ne plairont plus ; plus, ta mémoire. Pour un sol maudit je tiens désormais ton rivage émaillé de fleurs. O île d’Hyacinthe ! O vermeille Zante ! « Isola d’oro, Fior di Levante. »
La signature ici montrée a été prise au bas d’une lettre, à cause de l’arabesque du paraphe plutôt que comme échantillon de l’écriture exquise.
Ces deux mots célèbres que lie un trait significatif tracé par la main du poète, conservent l’initiale parasite de l’autre mot : Allan. Ainsi s’appelait (on ne l’ignore), le gentleman qui adopta le rejeton d’un couple romanesque et famélique d’acteurs de théâtre, fit parade de cette enfance développant dans l’atmosphère de luxe la précocité; puis, instrument premier d’une destinée épouvantable, jeta dans la vie, nu, avec des rêves, impuissant à se débattre contre un sort nouveau, l’homme jeune qui allait devenir Edgard Poe et payer magnifiquement sa dette en menant, au sien uni, le nom d’un protecteur à l’immortalité : or, l’avenir s’y refuse.
SONNET
(Page 189.)
Extérieurement du moins et par l’hommage matériel, ce livre, achevant après un laps très long la traduction de l’œuvre d’histoires et de vers laissé, par Edgar Poe, peut passer pour un monument du goût français au génie qui, à l’égal de nos maîtres les plus chers ou vénérés, chez nous exerça une influence.
Toute la génération dès l’instant où le grand Baudelaire produisit les Contes inoubliables, jusqu’à maintenant
LES POEMES D’EDGAR POE
qu’elle lira ces Poèmes, a songé à Poe, tant, qu’il ne serait pas malsonnant, même envers les compatriotes du rêveur américain, d’affirmer qu’ici la fleur éclatante et nette de sa pensée, là-bas dépaysée d’abord, trouve un sol authentique.
Le sonnet envoyé par le traducteur des Poèmes, lors de l’érection à Baltimore du tombeau de Poe, et lu en cette solennité, sert de frontispice.
Citer la double version américaine est un moyen que j’ai de témoigner ma reconnaissance à deux femmes poètes, dont l’une joint son nom dans ces pages à ce qui concerne Poe, et l’autre honore par mainte production les lettres de son pays.
Imitation libre de Mrs Sarah Helen Whitman