‹ OEuvres complètesChapitre 149 sur 655 · MIMIQUE · texte numérisé non relu

MIMIQUE

Le silence, seul luxe après les rimes, un orchestre ne faisant avec son or, ses frôlements de pensée et de soir, qu’en détailler la signification à l’égal d’une ode tue et que c’est au poète, suscité par un défi, de traduire ! le silence aux après-midi de musique; je le trouve, avec contentement, aussi, devant la réapparition toujours inédite de Pierrot ou du poignant et élégant mime Paul Margueritte.

Ainsi ce Pierrot Assassin de sa Femme composé et rédigé par lui-même, soliloque muet que, tout du long à son âme tient et du visage et des gestes le fantôme blanc comme une page pas encore écrite. Un tourbillon de raisons naïves ou neuves émane, qu’il plairait de saisir avec sûreté : l’esthétique du genre situé plus près de principes qu’aucun ! rien en cette région du caprice ne contrariant l’instinct simplificateur direct... Voici — « La scène n’illustre que l’idée, pas une action effective, dans un hymen (d’où procède le Rêve,) vicieux mais sacré, entre le désir et l’accomplissement, la perpétration et son souvenir : ici devançant, là remémorant, au futur, au passé, sous une apparence jausse de présent. Tel opère le Mime, dont le jeu se borne à une allusion perpétuelle sans briser la glace : il installe, ainsi, un milieu, pur, de fiction. » Moins qu’un millier de lignes, le rôle, qui le lit, tout de suite comprend les règles comme placé devant un tréteau, leur dépositaire humble. Surprise, accompagnant l’artifice d’une notation de sentiments par phrases point proférées — que, dans le seul cas, peutêtre, avec authenticité, entre les feuillets et le regard règne un silence encore, condition et délice de la lecture.

CRAYONNÉ AU THÉÂTRE

Le seul, il le fallait fluide comme l’enchanteur des Vies Encloses et aigu — qui, par exception, ait, naguères, traité de Danse, M. Rodenbach, écrit aisément des phrases absolues, sur ce sujet vierge comme les mousselines et même sa clairvoyance — à propos d’une statue exposant, déshabillée, une danseuse — les accumule, les allonge, les tend par vivants plis; puis constate le soin propre aux ballerines depuis les temps « de compliquer de toutes sortes d’atours vaporeux l’ensorcellement des danses, où leur corps n'apparaît que comme le rythme d'où tout dépend mais qui le cache ».

Lumineux à l’éblouissement.

Une armature, qui n’est d’aucune femme en particulier, d’où instable, à travers le voile de généralité, attire sur tel fragment révélé de la forme et y boit l’éclair qui le divinise; ou exhale, de retour, par l’ondulation des tissus, flottante, palpitante, éparse cette extase. Oui, le suspens de la Danse, crainte contradictoire ou souhait de voir trop et pas assez, exige un prolongement transparent.

Le poëte, par une page riche et subtile *, a, du coup, restitué à l’antique fonction son caractère, qu’elle s’étoffe; et, sans retard, invoque la Loïe Fuller, fontaine intarissable d’elle-méme — près le développement de qui ou les trames imaginatives versées comme atmosphère, les coryphées du Ballet, court-vêtues à l’excès, manquent d’ambiance sauf l’orchestre et n’était que le costume simplifié, à jamais, pour une spirituelle acrobatie ordonnant de suivre la moindre intention scripturale, existe, mais invisible, dans le mouvement pur et le silence déplacé par la voltige. La presque nudité, à part un rayonnement bref de jupe, soit pour amortir la chute ou, à l’inverse, hausser l’enlèvement des pointes, montre.

Figaro. (5 mai 1896.)

312 CRAYONNÉ AU THÉÂTRE

pour tout, les jambes — sous quelque signification autre que personnelle, comme un instrument direct d’idée.

Toujours le théâtre altère à un point de vue spécial ou littéraire, les arts qu’il prend : musique n’y concourant pas sans perdre en profondeur et de l’ombre, ni le chant, de la foudre solitaire et, à proprement parler, pourrait-on ne reconnaître au Ballet le nom de Danse; lequel est, si l’on veut, hiéroglyphe.

Ce me plaît, rattacher, l’une à l’autre, ces études, par une annotation : quand y invite un sagace confrère qui consentit à regarder le rendu plastique, sur la scène, de la poésie — d’autres évitent-ils de trahir, au public ou à soi, que jamais, avec la métamorphose adéquate d’images, ils ne disposent qu’un Ballet, représentable; quels élans et si plus spacieux, que multiplie à la vision leur strophe.

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