‹ OEuvres complètesChapitre 244 sur 655 · ET DES JUPES A PLIS POUR LES PETITS GARÇONS ENTRE DEUX · texte numérisé non relu

ET DES JUPES A PLIS POUR LES PETITS GARÇONS ENTRE DEUX

ET CINQ, ANS. Le BLANC ET LE BLEU. - ESQUISSES : DE PETITES

FILLES DE CINQ A ONZE ANS (PLUMES NATURELLES ET PALETOTS LONGS) ; LES PETITS GARÇONS GARDENT LA CULOTTE COURTE.

Paris, le 26 décembre tS7 4.

Lois, décrets, projets, arrêtés, comme disent les messieurs, tout est maintenant promulgué, pour ce qui est de la mode : et nul Message nouveau de cette souveraine (qui, elle, est tout le monde!) ne viendra nous surprendre d’une quinzaine ou de deux. A quoi songer, quand les chiffons laissent désœuvrées les femmes : aux enfants ? mais il est des mères qui s’occupent d’embellir leur famille en même temps que de se parer, ce sont les Lectrices de la Dernière Mode. Le Journal n’a-t-il pas dès la première Livraison, donné sa plus belle page aux Costumes enfantins ou juvéniles, faisant apparaître, au milieu de la Chronique des choses parisiennes, etc., l’image habituelle de charmants êtres ? Simple intermède que ce Courrier dédié au jeune âge et même au bas âge ? aucunement, mais sanction tardive d’une habitude montrée jusqu’à présent; ou mieux son complément, que devait la plume au crayon. Car nous n’entreprendrons pas de traiter un sujet aussi vaste que l’est l’horizon des rêves maternels ; en suivre une fois pour toutes les traits généraux,

PROSES DIVERSES

un peu vagues par cela même et nécessairement accompagnées de quelque banalité, c’est ce qui ne messied pas aujourd’hui, sauf que sur ce thème facile, ancien et normal, déjà se détacheront certains enjolivements dus au goût du jour.

Avec quelle joie, égalée seulement par la coquetterie native de ce mignon, la jeune femme ne prépare-t-elle pas la layette du nouveau-né même point encore né, souvent confectionnant elle-même les brassières et les bonnets de dessous qui, de mémoire d’aïeule, sont invariablement taillés sur le même patron! Tout autre, le bonnet de dessus, si fort garni de ruban aujourd’hui qu’on ne saurait le couvrir du chapeau : aussi en faut-il un, exprès pour cet usage, tout uni du chef et sur le devant simplement orné de deux rangs de petit tulle ruché avec de la dentelle entremêlée à du ruban blanc (N° o). Le chapeau : il se fait habituellement en forme de capeline, coulissé, puis retroussé du bord; on y pose un gros pompon de ruban ou une plume blanche. Soutaches ou broderies, ces choses l’achèvent, surtout si la pelisse reçoit le même travail ; mais celle-ci peut s’entourer encore de larges bandes de satin, ouatées et piquées, quoique l’engouement à cette heure soit tout pour la plume frisée. Coûteuse, parce qu’elle est blanche, et parce qu’elle est blanche, salissante, qu’importe aux mères le souci de cette garniture auprès de son charme : qui nous dit qu’un tel duvet n’a pas été pris aux ailes du petit ange naissant pour en border son vêtement, tant c’est ici presque le seul, le véritable et l’authentique usage de ce luxe candide! La robe de baptême se façonne toujours en tablier, avec ceinture blanche ou bien nœud papillon; plus simple et sacrifiée à plus de commodité, celle à mettre sous la pelisse ne se garnit que du bas, avec deux entre-deux brodés que sépare un entre-deux de Valenciennes, le tout terminé par une haute dentelle. Nuage de suaves étoffes, vaste et allongé à l’extrême, pour que la petitesse exquise du doux être y apparaisse mieux; cela aura : la robe un mètre trente-cinq centimètres de l’épaule à la dentelle qui déborde; et la pelisse, plus courte, un mètre vingt-cinq centimètres (puisqu’il s’agit déjà d’employer des mesures humaines).

A huit ou neuf mois, dix mois au plus tard, l’enfant porte robe courte et douillette chaude; ce qui se brode ou se soutache, ou se garnit soit de satin, soit de plume. Le chapeau change : il devient de feutre et rond, mais descendant très-bas dans la nuque, avec brides à rosettes de ruban et de ruchés pour garantir les oreilles (différences légères dans la forme chez les filles et chez les garçons). Le boa de cygne entourera le cou, tandis que de petites mains gantées se tiendront dans un manchon toujours de cygne, retenu au

PROSES DIVERSES

cou par un ruban : voilà ce que toutes les mamans et les grandes sœurs elles-mêmes savent comme moi. Traditionnelle jusqu’à deux ans, la toilette ne varie pas, à l’exception de la ceinture qui y mêlera sa couleur, le bleu, le rose et le rouge.

Les petites filles porteront, entre deux et cinq ans, beaucoup les robes princesse, dont la coupe se prête mieux que toute autre à les vêtir avec ampleur : car il faut qu’à cet âge, Jeanne, Marguerite ou Noémi s’ébattent et se roulent sur les tapis sans se relever chiffonnées ou tout en paquet. A leur cachemire bleu clair ou mi-foncé, garni de soie blanche, convient une petite confection en pareil : tout blanc, il reste à jamais le rêve des jeunes mères, mais combien d’entre elles préféreront pour ciiaque jour du bleu, moins fragile! je cède. Avec la toilette habillée, par exemple, les bottines blanches sont de toute rigueur, car les bleues demeurent presque spéciales au vœu religieux fait afin d’honorer cette couleur : étoffe ou cuir glacé, mais jamais noir, pour ne pas détruire à plaisir une harmonie tendre et naïve. Robes d’usage : je conseille le demi-drap bleu foncé, soit avec tresse en laine blanche que plusieurs années de succès durable semblent consacrer comme quelque chose de classique, d’ordinaire et de toujours là; rien, au fond, de plus gentil surtout avec le col marin (bas bleu foncé du costume et, cette fois, des bottines noires). Le chapeau sera de feutre blanc, avec plumes blanches pour les toilettes; et pour habillement usuel de feutre bleu foncé avec plume bleu pâle ou blanche, voire une aile de fantaisie. Même couleur à cet âge pour petits garçons; mais les jupes entièrement plissées, et leurs plis faits toujours du même côté : petite taille très-longue avec petites basques à pans coupés. Le paletot tombe à peu près aussi bas que la robe, se fend derrière et de côté; et presque ajusté à la taille, il a des poches très-bas placées derrière : chapeau tout rond en feutre bleu ou blanc, selon le costume.

Pour petites filles de cinq à onze ans, toute la série des tuniques employées pour dames, avec les garnitures à volants plissées, froncées, les paletots cintrés, les tailles à basques, les jupes tout à plis plats, mais sans bouillons (cela nuirait à l’entier dégagement de la petite personne). Surcharge ou simplification , la chose reste à votre gré, Mesdames; et comme je ne veux point lutter de tact et d’imagination avec vous toutes, je ne ferai, pour illustrer mon Étude, d’autre infraction à son plan primitif que de citer quelques modèles saisis au passage. Toilettes portées par deux petites filles descendant d’un landau aux armoiries célèbres, arrêté devant un hôtel des Champs-Élysées (je donne intacte la première, qui était de demi-deuil, parce

PROSES DIVERSES

qu’elle contient des indications utiles à une famille placée dans les mêmes circonstances et que toute autre les écartera aisément) : un paletot blouse en drap blanc avec col marin en pareil, la confection légèrement serrée à la taille par une large ceinture de faille noire nouée de côté; aucune garniture et de simples boutons en nacre blanc pour fermer le vêtement que dépassait de la largeur de la main environ une jupe de cachemire noir à plis plats. Le chapeau tyrolien en feutre blanc, bordé de velours royal avec aile blanche de côté, laissait de par-dessous tomber sur les cheveux bouclés un flot de faille. Même costume porté par l’amie point en deuil, à l’exception de la robe et de la ceinture bleu pâle au lieu de noir. Autre esquisse, d’où ressort ce point que la plume naturelle sied non moins à cet âge qu’aux premières années ou à la grande jeunesse : relevées celles-ci à une messe de mariage à Saint-Philippe du Roule. Deux sœurs montraient des robes de cachemire gris russe à jupes plissées dépassant à peine le genou, avec les paletots mi-ajustés presque de même longueur en peluche bleue garnie de plume naturelle. Petite toque grise, velours épinglé avec tour de plume naturelle et aile de fantaisie bleue. J’extrais encore de cette toilette jumelle la chose importante, sur laquelle la mode semble ici par deux fois insister : c’est que beaucoup de paletots demi-ajustés en drap gris (avec plume naturelle) paraîtront tout l’hiver; et ce vêtement, toujours très-long, se met sur toutes les robes.

Pour petits garçons de cinq à onze ans : costume en drap gris-bleu ou en velvetine noire, veste et gilet, puis pantalon boutonné sous le genou. Paletot d’homme; chapeau en feutre haut de forme, avec le bord retroussé comme à ceux que viennent de porter les Messieurs dans les derniers châteaux de la saison, mais enjolivé de côté par un bouquet de plumes de coq.

Tout est dit, ou rien, car il faut ne savoir ces préceptes qu’afin de les oublier; et mieux que d’eux, je me prévaux, Mesdames, de tout le désobéissant caprice qu’à cette lecture mêle déjà votre Fantaisie.

Marguerite de Ponty.

GAZETTE DE LA FASHION

Pas de jour qui se passe sans que l’une de nos Abonnées nous demande : où choisir telle étoffe ? où en trouver la garniture ? Réponse (faite ici maintenant pour qu’elle n’envahisse pas notre Correspondance) : il y a deux moyens de s’habiller, soit de s’en rapporter pleinement à une grande faiseuse ou à un couturier, soit de dicter sa toilette à une femme de chambre. L’étoffe, avec la garniture, est toute

PROSES DIVERSES

fournie, et le haut goût parisien, dans l’un des cas; dans l’autre, il faut trouver les éléments de son désir d’inventer en l’un des quatre ou cinq grands magasins de Paris, car on peut dire maintenant que quelques établissements universels, à eux seuls, contiennent tout le rêve en pièces et en boîtes et confectionné même, d’une Parisienne. Lieux inévitables et de rendez-vous, il en est, grâce à ces maisons célèbres, à Paris presque comme dans une ville de province maintenant : où l’on sait que c’est ici, que c’est là (et voilà tout) qu’il y faut promener son choix et le satisfaire.

Adieu les recherches fatigantes de longtemps après un ruban introuvable!

Le hasard n’est pas seul à nous faire, avant tout autre, écrire le nom du Bon Marché; mais nous obéissons à une intime conviction que jamais la Lectrice qui aura, montant en voiture, jeté ces mots ! rue du Bac ou rue de Sèvres, ne reviendra chez elle, contrariée de notre conseil ou de son propre mouvement à elle. Rappeler même à chacun de ses agrandissements ce noble bazar chaque saison agrandi (tel qu’on finira par y trouver toutes les richesses du monde à la mode orientale), peut tout d’abord paraître superflu : non, et ce sera dorénavant pour nous le seul moyen de contenter à la fois tant d’aimables questionneuses, vous Madame, vous Mademoiselle, et vous toutes Mesdemoiselles et Mesdames.

Très-important à rappeler à nos Lectrices, que dis-je ? à leur indiquer pour la première fois (car l’autre jour deux chiffres sur trois tout à fait erronés se sont glissés dans les quelques lignes consacrées ici aux Corsets élégants ), est l’atelier nouveau de Madame Gibert : c’est bien rue du Bac, mais 106 (et non 187) qu’il faut écrire sur l’adresse des commandes envoyées la veille à l’habile et gracieuse corsetière.

Consulter, du reste, nos Cartes de visite de la Couverture, que souvent (deux fois sur deux, par exemple aujourd’hui) la Gazette de la Fashion, quand elle n’est pas le complément du Courrier de la Mode, rappelle, sanctionne et développe : tant est vraie l’unité qui préside au journal, et loyale et complète.

Miss Satin.

CHRONIQUE DE PARIS

Théâtres, Livres, Beaux-Arts;

Échos des Salons et de la Plage

Avez-vous vu la Haine, Mesdames, en ouvrant ce journal ? Je cause cependant, comme si le retard en était éternel, de ce qui fait l’objet promis de notre causerie : quoi ?

PROSES DIVERSES

Agée à peine d’un siècle, la Musique aujourd’hui règne sur toute âme : culte pour plusieurs d’entre vous, éprises, et pour d’autres plaisir, elle a des catéchumènes et des dilettantes. Son prodigieux avantage est d’émouvoir par des artifices que l’on veut croire interdits à la parole, trèsprofondément, les rêveries les plus subtiles ou les plus grandioses; et encore d’autoriser qui l’écoute à fixer longtemps sur un point du plafond dénué même de peinture, le regard, en ouvrant une bouche heureuse de s’épanouir à son silence ordinaire. Toute l’existence mondaine est là : cacher les belles émotions supérieures pour lesquelles l’imagination est faite, et même souvent feindre de les avoir. Qui oserait se plaindre que, Muse incorporelle, toute de sons et de frissons, cette déité, la Musique, non, cette nue, douée de la pénétration d’un adorable fléau, envahisse maintenant un à un les théâtres de la ville : puisqu’elle évoque autour de ces foyers mondains de sa gloire, dans les loges, au balcon, vivants! les types les plus merveilleux et les exemplaires les plus parés de la beauté féminine ? Éblouissantes, c’est partout à la fois et toujours que se donnent de pareilles fêtes : pour ne rien dire du Théâtre Italien, ressuscité avec son éclat traditionnel, autant derrière la rampe que sous le lustre, par le seul homme capable de ce miracle, M. Bagier : il appela du bord de la mer d’Afrique cette audacieuse intrépide, éclatante Mme Pozzoni, débutant chaque soir devant des fleurs et des bravos; il ramena des plus pures sources de l’art classique (où l’on voit, sur les apothéoses peintes, s’abreuver le chœur des nymphes) ce maestro impeccable, Vianesi; enfin, magie suprême! il sait, après une interruption de trois ans, et cela le premier jour, rendre aux escaliers, magnifique autant qu’il fut jamais, ce flot d’étoffes, de pierreries, de cheveux et d’attitudes qu’est la sortie des Italiens avant l’appel des voitures. Assez : non, il attend, ce dispensateur habile d’une des grandes joies parisiennes, pour continuer l’œuvre, française et contemporaine, accomplie par l’ancien Théâtre Lyrique et peut-être, hélas! abandonnée par le récent Opéra Populaire, que le héros du jour, M. Halanzier, de la Salle Ventadour où a pu, grâce à un prodige de tout instant, grâce à la Marquise de Gaux, grâce à Faure, se perpétuer un an l’Académie Impériale de Musique! déménage vers le Palais, vers le Temple, vers le nouveau Théâtre inauguré avec 1875. La chance (ô mes chers amis, les compositeurs) serait, que le Châtelet de M. Fischer rencontrât, pour s’affirmer, une des partitions déjà magistralement enfouies sous de la poussière et parmi votre découragement : et qu’une autre partition, confinée au chef d’orchestre Colonne, comme celle-là au chef d’orchestre Maton, surgît pour consacrer le troisième Opéra

PROSES DIVERSES

parisien. Quant aux étoiles elles apparaîtraient à vos premières notes, comme s’éclaire le firmament, dans le crépuscule, au bruit de flûte du jeune pâtre. Sujet de tous les entretiens de l’heure, comme, il y a quelques mois, le furent des allées et venues mystérieuses à travers l’Europe qui se traduisaient par ces mots imprimés ou chuchotés : « M. Halanzier revient de Naples, de Londres, de Vienne ou peutêtre de Pétersbourg », voici qu’après la question des virtuoses, s’agite celle d’une partition! Faure (et Nilsson ?) je le vois, ou la devine, et il y aura la Sanghalii; mais dans quoi : en un opéra étranger jadis accueilli par les suffrages parisiens ? Non : tout cosmopolite que soit l’esprit qui préside à l’érection du monument composite, cette solution, relative au fait de l’inaugurer, pèche par quelque point : ou alors on ne pouvait faire qu’une seule chose, prendre absolument le Tannhauser, et, par un déploiement de gloire extraordinaire, le venger de l’outrage causé jadis au nom de la France par une centaine de malappris : solution plus impossible encore, depuis les armes, depuis l’Alsace, depuis le sang! Rêvée à la pose de la première pierre ainsi qu’une des solennités les plus sublimes du siècle, cette simple prise de possession d’un local ne peut guère aujourd’hui prêter à une réjouissance universelle comme les Expositions en ont indiqué l’aspect à l’avenir : ce n’est pas dans un ciel voilé seulement par l’hiver que l’Apollon de bronze élève sa lyre d’or, mais parmi on ne sait quelle tristesse. Une vaste féerie, bonne à essayer la scène pendant que le public regarderait la salle, voilà l’idée dernière qu’il y a longtemps léguait, son œuvre achevée, à qui l’exploiterait, le génie perspicace de l’Architecte : la pièce de circonstance, construite par M. Armand Sylvestre et que reproduisirent les journaux, répondait à ce dessein, avec quelque magnificence en moins, mais avec ce luxe inouï, paradoxal et ignoré en plus, des vers très-bien faits jaillissant sous la coupole d’un théâtre où l’on chante. Les mêmes feuilles (comme si elles n’étaient que notre pensée des soirs de coin de feu malicieusement, pendant l’heure du sommeil, saisie par d’indiscrets démons pour la divulguer au monde, le matin!) annoncent, au moment juste où nous écrivons, comme une décision obtenue de l’Administration, la propre thèse que nous voulions développer ici. A défaut d’un ouvrage français, exceptionnel et subjuguant l’Europe entière, pourquoi, comme il faut que U programme soit avant tout national, ne pas donner un extrait de quelques-uns de nos maîtres rares, à quoi j’ajouterais cependant un acte italien et un acte allemand : puisque ce fut notre génie de faire comprendre à l’Italie, à l’Allemagne et au monde les musiques allemande, italienne et française ? Gluck, Auber et Gounod, Meyerbeer et Rossini;

PROSES DIVERSES

un concert, magnifié par les magies du site et non une représentation (sauf le ballet) : c’est véritablement cette soirée de gala. Qui sait même si, pour bien produire la fleur de notre goût, l’Opéra-Comique, tellement riche en belles reprises depuis peu, ne pourrait pas et ne devrait pas (certes bien plus voisin du Grand-Opéra qu’il ne l’est des théâtres de l’Opéra-bouffe acclamé par la Mode) prêter au monument illustre un de ses actes : vieux, chanté par les générations, ou neuf, mis en scène avec plus d’ampleur encore ? Nous avons, imprudent, parlé de l’opéra-bouffe, qui s’appelle aussi l’opérette : forcément devaient à ce mot apparaître devant nos yeux, pour nous enlever à notre dissertation, et Judic, et Peschard et Alphonsine, sinon les Bouffes, les Variétés, la Renaissance! (cela fait trois noms de comédiennes échappés, par le fait de leur toute puissante séduction, à notre projet de n’écrire, au long de cette Causerie générale et faite pour embrasser l’un des aspects de la Saison, aucun titre spécial, même de pièce). Mais à quoi bon ? et pour quel chef d’une tribu reculée des mers polaires, encore vêtue de peaux de poisson, serait-il nécessaire de désigner davantage trois pièces rivales où règne ce trio divin ; maintenant que les grands-ducs eux-mêmes de la Russie qui y ont applaudi en connaissent les airs par les numéros ? La scène qui donna une fille à Mnie Angot, seule, malgré sa noble audace à faire affirmer cette vérité par Littolf que le génie est partout le génie, même dans la cascade et s’il chante la faridondaine ! à cette heure hésite entre des reprises, qui ne sont, à vrai dire, que les reprises de succès. Sans même hésiter, le Vaudeville va renoncer à sa vieille appellation que trouvera le français né malin, pour affronter, lui aussi, un genre qui, après tout, montrera peut-être au futur que le Français aurait également su mourir malin : et l’Athénée, à qui ça n’a point réussi de demander des vers aux poètes, attend pour rouvrir comme théâtre d’opérettes, les devises des bonbons servis à l’Inauguration de l’édifice voisin, laquelle coïncide avec la nouvelle année. Pleurer de cet état de choses et en rire tout à la fois : je le fais. Quel mal à ces jeux ? pour le Drame historique ou bourgeois et pour la Comédie (à leur propos, j’omets, pardon! afin de les mieux signaler en notre Programme, les renouvellements d’affiches au Palais-Royal, à l’Ambigu, à Cluny), il restera bientôt trois ou quatre théâtres sérieux, stables, anciens. Y a-t-il plus de trois ou quatre pièces littéraires par année ? moi qui, de tout le théâtre contemporain, ne connais peut-être (avec Diane au Bois par Théodore de Banville) qu’une seule grande comédie, quasi héroïque, et tout à fait bouffonne, Tragaldabas, par Auguste Vacquerie! Bafouée, exaltée, célèbre et même inconnue, cette merveille de gaîté

PROSES DIVERSES

idéale apparaît maintenant ce qu’elle fut pour tout jugement sain dès la première heure, un chef-d’œuvre; et je regretterais que le maître ne la livrât pas de nouveau à l’éclat de la scène, s’il n’y avait de la satisfaction éprouvée à voir une belle chose entrer déjà sous la forme du livre, dans sa calme, naturelle et sereine immortalité. Quelle musique dans ces quatre actes, exquise, rêveuse ou brillante, pour peu que l’une de vous, Mesdames, veuille, le piano fermé, ouïr, au rythme seul des vers, la passion, animant leur dialogue, s’en dégager! Les feuillets blancs et discrets du tome attirent un poète, habitué à l’émoi des représentations orageuses; tel autre demande avant tout les murmures amis d’un salon : c’était un chant aussi, et par la sonorité des syllabes et les entrelacs formés avec la mélodie de sentiment, que ce fier duo, la Rencontre, adorablement répété, l’autre soir, chez Mme de Villars devant un public d’artistes par la maîtresse de la maison et M. Fraisier de la Porte-Saint-Martin. Pas un nom dans l’assistance qui ne fût notoire à quelque titre, et quant à celui de l’auteur, acclamé et fêté par nous, rappelez-vous-le pour l’applaudir un jour sur la dernière scène fidèle à la poésie : M. Léon Dierx.

LE CARNET D’OR

La Table, l’Ameublement fait par les Dames,

Le Jardin et les Jeux

Seizième feuillet.

Menu de grand dîner

Potages : Consommé de volailles Sévigné, Soupe à la tortue. — Huîtres de Marennes, Ostende, Impériales. — Hors-d’œuvre : Oie fumée, Crevettes, Harengs à la Russe, Beurre de la Prévalaye. — Entrées : Filets de soles Montgolfier, Chevreuil, Poularde du Mans piémontaise, Caisse de Foie gras aux truffes. — Sorbet au vin de Porto. — Relevés : Bécasse sous la cendre, Jambon glacé à la gelée, Salade Impératrice, Ramquins au Parmesan. — Glace Victoria à la Bressanne, Brioche mousseline. — Dessert choisi par la Maîtresse de maison. — Café, Liqueurs de la Charente et des Iles. — Cigarettes russes, petits canons roses au Dubèque aromatique ( Bureau Spécial), Cigares : Regalia-Limena- Principe -de -Galles et Partagas ( Grand Hôtel). — Vins : Madère glacé, Château Yquem 1 86 1 , Château Léoville 1864, Château Montrose 1858 (Retour), Château Margaux 1858, Johannisberg 1858, Veuve Clicquot.

Le Chef de bouche chez BrébanU

PROSES DIVERSES

Dix-septième feuillet.

Panneau d’une salle a manger nouvelle

Un arrangement de plafond, rapportage à faire aux plâtres d'appartements en location, c’est ce que l’autre jour nous donnâmes : on nous écrivit de quelques hôtels pour nous rappeler au sentiment de la dignité. Que de billets envoyés des cinquièmes à balcon, ou de quatrièmes au-dessus de l'entresol, ne recevrons-nous pas aujourd’hui, tous taxant la décoration qui va suivre de féerie, d’invraisemblance et de prodigalité : car elle n’a trait qu’à une résidence de maître et presque à une résidence en construction.

Où qu’il soit placé, dans l’encombrement capricieux ou régulier de bahuts cachant le mur, hors de la place occupée par les fenêtres et par les portes communiquant avec le salon ou l’office, reste toujours un panneau à la salle à manger, qui, avec sa soierie de l’Inde ou du papier de riz du Japon, donnera le ton (par exemple exotique) à toute la pièce. La soie est bien exposée aux vapeurs des mets, à la fumée du cigare, ainsi que le papier, du reste, inférieur, même fait d’une pâte lointaine : or à quelles tentures demanderonsnous ce monde aquatique, monstrueux, frêle, riche, obscur, et diaphane d’herbages et de poissons, si décoratifs! Tout tableau, peint ou brodé, a comme un voile d’immobilité jeté sur la vie mystérieuse de ces paysages fluviaux ou marins : comment, ce fond de mer ou de fleuve le posséder véritable ?

Dans la profondeur du mur, mitoyen soit avec une chambre contiguë, soit avec le dehors, jardin ou cour, pratiquer une ouverture, grande à volonté, mais à un mètre au moins d’élévation du plancher. Comme pour un bassin, cimenter la section des murs, traversés par le conduit ordinaire de la Dhuys ou de la Vanne, jet à droite, déversoir à gauche pour l’eau que contiendra cet espace vide, une fois deux vastes et fortes glaces sans tain dressées! Lin de ces rectangles de verre, celui situé extérieurement, ouvre un fragment à coulisse, au-dessus du niveau d’eau ordinaire, pour l’air ou ce qu'il plaît d' introduire ; l’autre, qui fait paroi à la salle, demeure tout d’un morceau. Ce qu'il plaît d'introduire, c’est les poissons et les crustacés les plus rares de nos côtes ou des archipels lointains : dorades, rascasses, polypes, étoiles, poissons-télescopes du Japon, etc.; c’est les plantes.

Aquarium (éclairé simplement du dehors par la lumière diurne ou à giorno, le soir, par le gaz) voilà ce panneau : magique, vivant, mouvant, extraordinaire qui peut surmonter l’étagère d’une crédence et la compléter ou simplement poser sur un soubassement sévère; attirer à soi seul

PROSES DIVERSES

tout le luxe de la salle ou se répéter deux ou trois dans des cadres de bois sombre.

Quel prince moderne du goût exécutera ce décor magnifique et simple ?

D’après Marliani, Tapissier-Décorateur.

NOUVELLE ET VERS

Poésie : Ce morceau que nous devions, il y a longtemps, donner comme un extrait avant la lettre du Cahier Rouge, si d’autres vers très-beaux n’avaient eu leur tour, est maintenant récité déjà par toutes nos lectrices, que dis-je ? chanté même au piano sur la délicieuse musique de Saint- Saëns.

GAZETTE ET PROGRAMME DE LA QUINZAINE Distractions ou solennités du Monde

Du 6 au 20 décembre 1874.

Page 1