‹ OEuvres complètesChapitre 284 sur 655 · SUR L’IDÉAL A VINGT ANS · texte numérisé non relu

SUR L’IDÉAL A VINGT ANS

Valvins près Fontainebleau, rj août iS9S.

Monsieur,

u el était mon idéal à vingt ans , rien d’improbable que

je l’aie même faiblement exprimé, puisque l’acte, par moi choisi, a été d’écrire : maintenant, si l’âge mûr l’a réalisé , ce jugement appartient aux personnes seules m’ayant prolongé leur intérêt. Quant aux appréciations autobiographiques intimes, de celles à quoi on se livre, particulièrement, seul ou en présence d’un hôte rare, j’ajouterai, dans le journal, selon votre souhait, en vue de proférer quelque chose, que, suffisamment, je me fus fidèle, pour que mon humble vie gardât un sens. Le moyen, je le publie, consiste quotidiennement à épousseter, de ma native illumination, l’apport hasardeux extérieur, qu’on recueille, plutôt, sous le nom d’expérience. Heureuse ou vaine, ma volonté des vingt ans survit intacte.

Veuillez, Monsieur, agréer...

Stéphane Mallarmé.

I. Je n’ai point ici, en mon séjour d’été, mon portrait à vingt ans et regrette.

II. Jamais pensée ne se présente à moi, détachée, je n’en ai pas de cette sorte et reste ici dans l’embarras ; les miennes formant le trait, musicalement placées, d’un ensemble et, à s’isoler, je les sens perdre jusqu’à leur vérité et sonner faux : après tout, cet aveu, peut-être, en figure-t-il une, propre au feuillet blanc d’un album.

LES MOTS ANGLAIS

Dans la longue lettre de Mallarmé à Verlaine, que l'on appelle Autobiographie, se trouvent ces lignes : « J’ai dû faire, dans des moments de gêne ou pour acheter de ruineux canots, des besognes propres et voilà tout (Dieux antiques. Mots anglais) dont il sied de ne pas parler : mais à part cela les concessions aux nécessités comme aux plaisirs n’ont pas été fréquentes. »

Nous n’avons pas cru devoir obéir à la recommandation d’un auteur qui est au premier rang de ceux dont on ne saurait négliger, sans y perdre, la moindre page. Il a écrit avec une constante originalité ; mais presque autant qu’agréable, on trouvera instructif de le voir descendre de ses grands problèmes vers d’humbles sujets et se montrer, dans l'extrême clarté des démonstrations, aussi raffiné de ton et savant en tours que dans les pudeurs et les hardiesses de ses énigmes.

Quelques-unes de ses idées, de ses intentions les plus chères et quelquesuns de ses hauts soucis se révèlent, en ces livres modestes, avec un si charmant dépouillement que l’on croit entendre tout à tour le professeur, le poète, « le philologue inspiré », et l’esthéticien d’ extraordinaire séduction. C’est aussi, grâce à d’exquis abandons, comme si un artiste consentait à regarder sous nos yeux sa boite d'instruments, à préparer sa palette en toute familiarité ou comme si un grand savant entr' ouvrait, avec modestie, son clair laboratoire. S’il s’agit du « plus difficile des délicats » et d’un inventeur génial auquel les mots devront un éclat « neuf... et comme incantatoire », il est passionnant de le voir chercher entre les vocables, les syllabes, les consonnes, des rapports jusqu'à lui inconnus.

Henri Mondor.

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage achevé , un double sentiment me saisit : quelque satisfaction et plus d'inquiétude.

Tables, Lois, etc. : toute la matière distribuée bientôt selon V ordonnance même de la Langue Anglaise, je la trouvai neuve et vais la fournir de première main, mais n'est-ce pas un honneur périlleux ? Avec les fautes typographiques, que /'Erratum groupe toujours en tête d'une Edition originelle, peut demeurer mainte erreur attribuable à V Auteur seul. Qidconque me prendra en défaut aura ma gratitude : car j’ attends de ce Traité, placé au début d'une Science, qu'il se perfectionne autant qu'elle se développera.

Heureux si la lecture de plusieurs pages, mises hors de discussion, laisse dans l'esprit une notion, vaste et juste, irréfutable, de la genèse de l'Anglais : en un mot, si le Livre répond à tout le hardi Programme, qui va le précéder et suivre immédiatement l' Avant- Propos.

Je ne me rappelle aucune des longues heures par moi employées à instruire, oh n'ait, au cours d'une leçon, surgi quelque explication ou un fait depuis thésaurisés ici. Qiæ ce qui vient de l’enseignement, à bon droit y retourne.

/er août rS77.

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