OBSERVATION GÉNÉRALE
Les noms des mythes plus célèbres par la noblesse ou la beauté, notre langue se les est appropriés afin d’enrichir, par une fréquente invocation, nos impressions quotidiennes : gardons-les tels. Quant aux autres, ils demeurent avec leurs sons quelquefois intacts, groupe nécessaire qui conserve le lointain des parlers exotiques; exemple : Phoïbos. Le plus souvent, je les francise d’après le génie même de notre langue, c’est-à-dire en suivant le travail de métamorphose à peine perceptible qu’elle a imposé depuis longtemps à des noms analogues. Théseus, Prométheus, etc. Thésée, Prométhée ? Bien : j’ai Odyssée, fait avec Odysseus, mais je dois m’arrêter, et ne vais point jusqu’à feus, fée. Pourquoi ? parce qu’à de certains moments la logique la plus stricte le cède devant la crainte de dérouter l’ouïe; dans vingt ans, peut-être, on osera. La réunion de ces deux classes de vocables, exactement comprise, forme dans le discours un heureux mélange : et non plus un disparate!
Mais la confusion, où est-elle ? car nous avons, au début, lancé contre la transcription usuelle cette accusation. La voici. Tous les noms propres traduits en Français, excepté Aphrodite* et d’autres qui forment un cortège insuffisant à cette déité, ont été, même venant, comme ce mot, du Grec, traduits par l’intermédiaire du Latin. Quand le mot original est latin, c’est à merveille que le Latin se francise; et je déclare que, dans ma langue, j’oublie à tout jamais Mercurius et ne connais que Mercure; j’ajoute même que,
Au lieu d’Aphrodité.
LES DIEUX ANTIQUES
tant que vivra cette langue, il faudra respecter ce nom, dont l’existence est un fait acquis. Mais où il siérait d’imposer silence à l’éloge, c’est dans le cas entrevu d’un mot grec qui, après avoir été régulièrement transcrit en Latin, a été, par la suite, non moins régulièrement transcrit du Latin en Français. Sans compter qu’il y eut, dans cette déplorable erreur traditionnelle, confusion non plus de simples noms, mais souvent de personnages : exemple, Artémis, que je choisis, n’a, scientifiquement, rien à faire avec Diane. La grande familiarité du Latin avait conduit les modernes à négliger, absolument, le nom grec des grands dieux dont le culte fut à peu près commun à la Grèce et à l’Italie. Pourquoi, par ce détour, infliger à ce nom une perte de sa saveur très grande relativement à celle qu’il eût subie dans son passage immédiat de Grèce chez nous ? Ce pas est mauvais : je respecte l’empressement instinctif du Français à traduire, mais je blâme qu’il n’ait pas su prendre où traduire. Il faudra qu’on revienne sur ce pas : quand ? je ne sais, il m’est permis cependant de conjecturer ; et je présume que, des horizons différents s’ouvrant à l’étude mythologique qui entre, avec des livres comme le présent, dans une phase nouvelle, plus d’un étudiant profitera du bon moment pour faire accomplir aux mots de son lexique une seconde évolution qui le rendra parfait; à savoir : la traduction du Grec en Français, comme il y a déjà celle du Latin même en Français.
Je m’adresse à ce public spécial : loin de moi de croire qu’il suffise qu’un livre, celui-ci ou quelque autre, impose les noms régénérés, pour que la régénération soit durable ! Une portion, même restreinte et technique, d’une langue ne change pas en une heure, à moins qu’un groupe d’individus n’y trouve un intérêt immédiat , comme ce fut le cas, il y a un demi-siècle, à propos de la nomenclature des sciences physiques et naturelles. Or ne nous abusons pas : c’est une étude spéciale ou restreinte encore que celle des Mythes.
L’ÉTOILE DES FÉES
DE
Mrs. W. C. Elphinstone Hope traduit de l'anglais