DISCOURS
(Paris, avril 1897.)
Le jeudi 22 avril 1897, pour fêter le succès des « Samedis populaires de Poésie ancienne et moderne » institués au théâtre de l’Odéon depuis le 3 avril 1897, fut organisée une Soirée Catulle- Mendès, dans la salle des Fêtes du Journal. Cette soirée comprenait une saynète en vers de Paul Gavault, le Vaudeville et la Critique ; des récitations et chants; des allocutions et le deuxième acte de Bouhouroche, où Georges Courteline tenait un rôle. Des discours furent prononcés par Stéphane Mallarmé, Charles-Henry Hirsch, Paul Ginisty, Gustave Kahn et Fernand Xau, directeur du Journal, et une réponse par Catulle Mendès. Ces discours et le programme précédé d’une Préface explicative furent publiés en une plaquette de 20 pages sous couverture verte portant : « A Catulle Mend'es. Soirée offerte par les Jeunes Écrivains, le jeudi 22 avril 1S97 . »
Les relations de Mallarmé avec Catulle Mendès avaient commencé dès 1861, lorsqu’à Sens, tout justement sorti du Lycée, il adressait au très jeune directeur de la Revue fantaisiste un envoi dont rien ne nous est parvenu et que nous ne connaissons que par la lettre de réponse dont nous respectons l’orthographe alors peu sûre : sans enveloppe, sans date, sans nom de destinataire, mais trouvée par nous, dans les papiers de Mallarmé, avec les autres lettres de Mendès, son destinataire ne peut faire de doute. La Revue fantaisiste avait été fondée par Mendès le 15 février 1861 et dura jusqu’au 13 décembre de la même année. Il avait alors dix-neuf ans.
NOTES ET VARIANTES 1633
(Timbre en relief) [novembre 1861]
Revue Fantaisiste Bureaux Passage Mirés Escalier C au 3e étage.
« Cher Monsieur,
« Je viens de relire attentivement vos Bals masqués.
« J’ai essayé quelques coupures pour les accomoder (sis) au genre de la revue. Je n’ai pas osé; il y en aurait trop à faire, et j’aurais gâté une des plus charmantes choses qu’on puisse lire.
« Vous aviez raison. C’est trop petit journal.
« Comme vous n’êtes pas embarassé (sis) de votre copie, je crois qu’il vous sera indifférent de me faire autre chose : la Chronique de la quinzaine, pas pour cette fois, si vous voulez.
« A’ous êtes de ces gens qui donnent d’assez bonnes choses pour qu’on puisse les attendre.
« Bien à vous.
« C. Mendès. »
Ce n’est pourtant qu’au cours de l’été 1864 que les deux jeunes gens se rencontrèrent par l’entremise d’Emmanuel des Essarts lorsque Mallarmé, venu de Tournon, en vacances, alla rendre visite à Catulle Mendès alors à Choisy-le-Roi et fit chez lui la connaissance de Villiers de l’Isle-Adam. Les vers que lui montra alors Mallarmé ne furent pas sans frapper Mendès qui s’en souvint l’année d’après lorsqu’il eut à diriger le choix des poètes appelés à collaborer au Parnasse Contemporain. Ils se virent quelquefois au cours des rares séjours à Paris que fit Mallarmé jusqu’à 1871 : en août 1870, Mendès et Judith Gautier, revenant de chez Richard Wagner, firent séjour, pendant une semaine, chez les Mallarmé à Avignon.
Mendès semble avoir joué un rôle dans les efforts qui permirent à Mallarmé d’être nommé comme professeur dans un lycée de Paris : et jusqu’à la mort de Mallarmé cette amitié ne se démentit pas et est attestée par de nombreuses lettres, dont le passage de celle-ci, non datée, mais qui doit être de 1877, où l’auteur d ’Hérodiade dit à Mendès :
« Il sera dit que nous nous écrirons toujours et que le meilleur de notre amitié, de moi à vous du moins, sera ce que j’éprouverai de loin. Je songe que j’ai été davantage avec vous quand j'habitais un autre pays, moi qui vins à Paris pour vivre ensemble : pourquoi cela ? Vous savez que vous êtes avec Villiers, le seul homme que j’aime très sérieusement, et par une vieille habitude qu’il ne faut pas laisser s’endormir. »
Les deux écrivains se virent très fréquemment lorsque fut reprise la publication du Parnasse Contemporain et surtout quand Mendès, en 1875, fonda la République des Lettres à laquelle Mallarmé s’intéressa très vivement.
NOTES ET VARIANTES
A mesure que Mallarmé s’enfonçait dans une retraite laborieuse et silencieuse, Catulle Mendès se répandait dans le journalisme, et sans renier absolument les dieux de sa jeunesse pactisait avec le goût du gros et même du bas public. Peu à peu, lorsque se forma autour du solitaire de la rue de Rome un concours de respects et d’admirations, on vit bien qu’ils étaient aux antipodes de ceux qui faisaient cortège à Mendès de plus en plus attaché aux clinquants de la popularité et aux paillettes de la fausse gloire. Mais rien n’atteignit jamais l’amitié de Mallarmé pour Mendès dont il ne cessait d’admirer l’extraordinaire virtuosité, et en qui il ne cessait de revoir l’animation des premiers enthousiasmes de sa jeunesse.
A la veille de cette soirée du Journal, un billet de Mendès demandait à Mallarmé d’obtenir le concours de Mlle Mellot, de l’Ambigu, qui, au cours de cette soirée, récita les Fleurs ; et au lendemain, le 25 avril 1897, Mendès demandait à Mallarmé une traduction en prose du monologue d’Ham/ef « que de Max lirait le samedi suivant à la matinée poétique de l’Odéon ». « Une folle demande », disait Mendès lui-même. Nous savons par une lettre de Geneviève Mallarmé du 26 avril 1897, que Mallarmé, très las, était parti pour Valvins voir des arbres et se reposer et ne collabora pas de cette façon avec Shakespeare.
Pendant trente ans, Catulle Mendès avait témoigné à Mallarmé d’un intérêt indubitablement attentif et quelquefois efficace, tout en se considérant comme en état de le conseiller. La conclusion de ces rapports fut, après la mort de Mallarmé, les pages dédaigneuses, protectrices et, en somme, quelque peu perfides, du R apport sur le Mouvement Poétique français de i86ç à 1900. (Eug. Fasquelle, éd., Paris, 1903.)