‹ OEuvres complètesChapitre 81 sur 655 · A UNE REPRÉSENTATION DE LA FARCE DE MAITRE PATHELIN · texte numérisé non relu

A UNE REPRÉSENTATION DE LA FARCE DE MAITRE PATHELIN

Monologue de Pathelin se substituant au Juge en l'absence de l'acteur qui devait jouer ce rôle.

(Qu’entends- je ? un bruit dans la Cité Circule, jasé, récité Par la dent unique des vieilles Comme par la bouche vermeille Des fillettes au rire fin :■

Que pour avoir mangé sans faim Tout un plat chaud de pets-de-nonne,

Le bon vieillard qui nous ânonne

Ici le livre de la loi

Expire en cet instant chez soi.

Que l’enfer prête son refuge A messire notre doux juge.

Or je dis cela soucieux

Qu’il n’aille rencontrer aux deux

— Où la vérité pure éclate — ■

Lui tirant leur langue écarlate Ainsi qu’aux potences jadis Saints maintenant du paradis Et vêtus de blanches tuniques —

Tous ceux que sa sentence inique

Ici-bas, en tant que bandit,

Vaurien, faux-monnayeur, pendit Sans nul autre méchef ou faute Que de n’avoir en chambre haute Graissé la patte du grimaud. — Mais agissons et pas un mot De plus. Car il me faut sur l’heure Tirer de ce plat la meilleure Aubaine ! Holà si je prenais Aux yeux naïfs de .mes benêts La place encore toute chaude Du vieil artisan de maraude Oui ! Si déjà je me haussais Pour mener à bien mon procès Sur la chaise par lui vidée !

Bonne Dame ! c’est une idée L’habit convient — et n’ai-je ici Dans cette robe au fil roussi Mais tortueuse, antique et sombre La noirceur requise par l’ombre De mon pourvoyeur de gibet !

Quomodo ! cur ! et quid libet !

Voilà qu’à souhait je dégoise Sans chercher à nul vivant noise Mon savoir entier de latin !

Le beau mal que pour un matin Je sois, cela vaut mieux que peste Plaideur, magistrat et le reste !

(Par le reste j’entends filou !) Dites-moi dans quelle ville, où Sur la terre heureuse se montre Plus jaloux du pour et du contre Aussi d’accord et point vénal Un plus sublime tribunal Que celui qu’à moi je compose Expliquant, écoutant la cause Et n’admettant point de trompeur Donc mes bonnes gens, n’ayez peur Qu’insidieusement je n’aille Sot unique et double canaille Glisser en tant que l’avocat De la main gauche un beau ducat

VERS DE CIRCONSTANCE

Dans ma droite de juge intègre Ni l’accepter d’un sourire aigre Sachez, ô mes petits enfants Que vertueux je me défends De rien prendre ni boustifaille Exquise, ni sac d’or qu’il faille Que je me donne auparavant.

Çà, j’ouïs d’où souffle le vent.

VERS DE CIRCONSTANCE 185

Page 1