‹ OEuvres complètesChapitre 95 sur 655 · LES CLOCHES · texte numérisé non relu

LES CLOCHES

Entendez les traîneaux à cloches — cloches d’argent !

Quel monde d’amusement annonce leur mélodie ! Comme elle tinte, tinte, tinte, dans le glacial air de nuit tandis que les astres qui étincellent sur tout le ciel semblent cligner, avec cristalline délice, de l’œil : allant, elle, d’accord ( d'accord , d'accord ) en une sorte de rythme runique, avec la « tintinnabulisation » qui surgit si musicalement des cloches [des cloches , cloches, cloches, cloches, cloches , cloches ) : du cliquetis et du tintement des cloches.

Entendez les mûres cloches nuptiales, cloches d’or ! Quel monde de bonheur annonce leur harmonie ! à travers l’air de nuit embaumé, comme elles sonnent partout leur délice ! Hors des notes d’or fondues, toutes ensemble, quelle liquide chanson flotte pour la tourterelle, qui écoute tandis qu’elle couve de son amour la lune ! Oh ! des sonores cellules quel jaillissement d’euphonie sourd volumineusement ! qu’il s’enfle, qu’il demeure parmi le Futur ! qu’il dit le ravissement qui porte au branle et à la sonnerie des cloches [cloches, cloches — des cloches, cloches, cloches, cloches ), au rythme et au carillon des cloches !

Entendez les bruyantes cloches d’alarme — cloches de bronze ! Quelle histoire de terreur dit maintenant leur turbulence ! Dans l’oreille saisie de la nuit comme elle crie leur effroi ! Trop terrifiées pour parler, elles peuvent seulement s’écrier hors de ton, dans une clameur d’appel à merci du feu, dans une remontrance au feu sourd et frénétique bondissant plus haut [plus haut, plus haut), avec un désespéré désir ou une recherche résolue, maintenant, de maintenant siéger, ou jamais, aux côtés de la lune à la face pâle. Oh! les cloches [cloches, cloches), quelle histoire dit leur terreur — ce Désespoir ! Qu’elles frappent et choquent, et rugissent ! Quelle horreur elles versent sur le sein de l’air palpitant ! encore l’ouïe sait-elle, pleinement, par le tintouin et le vacarme, comment tourbillonne et s’épanche le danger; encore l’ouïe dit-elle, distinctement, dans le vacarme et la querelle, comment

LES POEMES D’EDGAR POE 205

s’abat ou s’enfle le danger, à l’abattement ou à l’enflure dans la colère des cloches, dans la clameur et l’éclat des cloches !

Entendez le glas des cloches — cloches de fer ! quel monde de pensée solennelle comporte leur monodie ! Dans le silence de la nuit que nous frémissons de l’effroi ! à la mélancolique menace de leur ton. Car chaque son qui flotte, hors la rouille en leur gorge — - est un gémissement. Et le peuple — le peuple — ceux qui demeurent haut dans le clocher, tout seuls, qui sonnant (. sonnant , sonnant) dans cette monotonie voilée, sentent une gloire à ainsi rouler sur le cœur humain une pierre — ■ ils ne sont ni homme ni femme — ils ne sont ni brute ni humain — ils sont des Goules : et leur roi, ce l’est, qui sonne; et il roule ( roule — roulé), roule un Péan hors des cloches ! Et son sein content se gonfle de ce Péan des cloches ! et il danse, et il danse, et il hurle : allant d’accord ( d’accord , d’accord) en une sorte de rythme runique, avec le tressaut des cloches — {des cloches, cloches, cloches), avec le sanglot des cloches; allant d’accord ( d’accord , d’accord) dans le glas {le glas, le glas) en un heureux rythme runique, avec le roulis des cloches — {des cloches, cloches , cloches), avec la sonnerie des cloches — {des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches — cloches, cloches, cloches) — le geignement et gémissement des cloches.

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