IAN ANTOINE DE BAIE
Heureux soys tu, Ronsard divin poëte, Heureuse soit ta Muse, soit heureuse Ta docte main doctement langoureuse, Heureux le jour où ton ame est subjette.
Heureux soit l'acte, Heureuse la sagette, Oui darde en toy sa pointe doulcereuse, Heureuse soit la cordelle amoureuse, Qui dans ton cuceur heureusement la jette,
Puis que premier tu prens la hardiesse D'aller suivant une nouvelle adresse, Hors du chemin frayé de l'ignorance.
Or reçoy donc la couronne de gloyre :
Et cein le Myrte en signe de victoire Sur les amantz qui chantent par la France.
Quand deus unis suivent une entreprise, Moindre est l'ennui, le courage plus grand : Et toujours mieus le proffit aparant D'un fait empris, l'un devant l'autre avise.
Mais quand un seul (sans qu'un autre autorise De son conseil l'œuvre qu'il entreprend) Prend un avis, l'œuvre et la fin qu'il prend, A chef par lui bien plus tard se voit mise.
Ceci disoit, celle nuit qu'épiant Le camp vainqueur du Troien endormi Tydide Grec s'acompagna d'Ulysse.
Ainsi, Ronsard, de Muret t'alliant, Fausse le Camp du Vulgaire ennemi, Quoy qu'une nuit ton chemin obscurcisse.
LE CONTE D'ALSINOIS Sur la couronne de Myrthe de P. de Ronsard.
Mignardement au champ Idalien De ses beaulx doigtz Venus entortillonne Ce mol chappeau, qu'oysive elle façonne, Puis de son Cestc elle en fait le lien :
De just rosat, voire A< idalien Vient arrouser ceste saincte couronne,
Puis de Ronsard le chef elle environne, Ne l'enviant le prince Delien.
Vêla le prix (dit elle en le baisant) Qu'as mérité comme le mieux disant Et comme seul ou premier de nostre âge.
Courage donq : à la postérité Chante l'honneur de ma divinité :
Venus encor' te garde davantage.
Sonet
de M[ellin] de S[ainct] G[elays]
En faveur de P. de Ronsard.
D'un seul malheur se peut lamenter celle, En qui tout l'heur des astres est compris, C'est, ô Ronsard, que tu ne fus espris. Premier que moi de sa vive estincelle.
Son nom connu par ta vene immortelle, Qui les vieux passe, et les nouveaus espris, Apres mille ans seroit en plus grand pris, Et la rendroit le tans toujours plus belle.
Peusse-je aumoins mettre en toi de ma fiame, Ou toi en moi de ton entendement, Tant qu'il souffist à louer telle dame.
Car estants tels, nous taillons grandement : Toi, de pouvoir un autre suject prendre, Moi, d'oser tant sans forces entreprendre.