ACTE I. — DON SALLUSTE
Tous les soirs danse et fctc au vivier d*Apolio, Et cent musiciens faisant rage sur l'eau! A tous moments, galas, masques, concerts, fredaines. Éblouissant Madrid de visions soudaines!
— En trois ans, ruine! — c'était un vrai lion.
— Il arrive de l'Inde avec le galion.
RUY BLAS, avec embarras.
Seigneur. . .
DON SALLUSTE, gaiement.
Appelez-moi cousin, car nous le sommes.
Les Bazan sont, je crois, d'assez francs gentilshommes. Nous avons pour ancêtre Iniguez d'Iviza. Son petit-fils, Pedro de Bazan, épousa Marianne de Gor. Il eut de Marianne Jean, qui frit général de la mer océane Sous le roi don Philippe, et Jean eut deux garçons Qui sur notre arbre antique ont grefFé deux blasons. Moi, je suis le marquis de Finlasj vous, le comte De Garofa. Tous deux se valent si l'on compte. Par les femmes. César, notre rang est égal. Vous êtes Aragon, moi je suis Portugal. Votre branche n^cst pas moins haute que la nôtre. Je suis le frxiit de l'une, et vous la fleur de l'autre.
RUY BLAS, k part.
OÙ donc m'entraîne-t-il ?
Pendant que don Salluste a parlé, le marquis de Sanu-Cruz, don Alvar de Bazan y Benavides, vieillard k mousttche blanche et k grande perruque, s'est approché d'eux.
LE MARQyiS DE SANTA-CRUZ, k don Salluste.
Vous l'expliquez ion bien.
S'il est votre cousin, il est aussi le mien.
DON SALLUSTE
C'est vrai, car nous avons une même origine. Monsieur de Santa-Cruz.
Il lui présente Ruy Blas.
Don César.
LE MARQyiS DE SANTA-CRUZ.
J'imagine Que ce n'est pas celui qu'on croyait mort.
DON SALLUSTE
Si fait.
LE MARQUIS DE SANTA-CRUZ
Il est donc revenu ?
DON SALLUSTE
Des Indes.
LE MARQyiS DE SANTA-CRUZ, examinant Ruy Blas.
En effet!
DON SALLUSTE
Vous le reconnaissez.'^
LE MARQUIS DE SANTA CRUZ
Pardieu! je l'ai vu naître!
DON SALLUSTE, bas \ Ruy Blas.
Le bonhomme est aveugle et se défend de Tctre. Il vous a reconnu pour prouver ses bons yeux.
LE MARQUIS DE SANTA-CRUZ, tendant la main k Ruj Blas.
Touchez là, mon cousin.
RUY BLAS, 8*inclinant.
Seigneur. . .
LE MARQUIS DE SANTA-CRUZ, bas k don Salluste et lui montrant Ruj Blas.
On n'est pas mieux!
A Ruy Blas.
Charme de vous revoir!
DON SALLUSTE, bas au marquis et le prenant k part.
Je vais payer ses dettes.
Vous le pouvez servir dans le poste où vous êtes. Si quelque emploi de cour vaquait en ce moment, Chez le roi, — chez la reine. . . —
LE MARQUIS DE SANTA-CRUZ, bas.
Un jeune homme charmant!
J'y vais songer. — Et puis, il est de la famille.