‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 193 sur 336 · ACTE II. — LA REINE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

ACTE II. — LA REINE D'ESPAGNE

DON GURITAN.

Vous comprenez fort bien.

Nous sommes tous les deux épris du même bien. L'un de nous est de trop dans ce palais. En somme, Vous êtes écuyer, moi je suis majordome. Droits pareils. Au surplus, je suis mal partagé, La partie entre nous n'est pas égale : j'ai Le droit du plus ancien, vous le droit du plus jeune. Donc vous me faites peur. A la table où je jeûne Voir un jeune affamé s'asseoir avec des dents Effrayantes, un air vainqueur, des yeux ardents. Cela me trouble fort. Quant à lutter ensemble Sur le terrain d'amour, beau champ qui toujours tremble. De fadaises, mon cher, je sais mal faire assaut. J'ai la gouttej et d'ailleurs ne suis point assez sot Pour disputer le cœur d'aucune Pénélope Contre un jeune gaillard si prompt à la syncope. C'est pourquoi, vous trouvant fort beau, fort caressant. Fort gracieux, fort tendre et fort intéressant. Il faut que je vous tue.

Eh bien, essayez.

DON GURITAN.

Comte De Garofa, demain, à l'heure où le jour monte, A l'endroit indiqué, sans témoin ni valet. Nous nous égorgerons galamment, s'il vous plaît. Avec épée et dague, en dignes gentilshommes. Comme il sied quand on est des maisons dont nous sommes.

Il tend la main à Ruy Blas^ qui la lui prend. RUY BLAS.

Pas un mot de ceci , n'est-ce pas ? —

Le comte fait un signe d'adhésion.

A demain.

Ruy Blas sort.

DON GURITAN, resté seul.

Non, je n'ai pas du tout senti trembler sa main. Etre sûr de mourir et faire de la sorte,

C'est d'un brave jeune homme I

Bruit d*uae clef k la petite porte de la chambre de la reine. Don Guritan se retourne.

On ouvre cette porte ?

La reine parait et marche vivement vers don Guritan ^ surpris et charmé de la voir. Elle tient entre ses mains la petite cassette.

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