‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 206 sur 336 · RUY BLÀS, LA REINE · texte numérisé non relu

RUY BLÀS, LA REINE

LA REINE

Oh! merci!

LA REINE

Vous avez bien fait de leur parler ainsi. Je n'y puis résister, duc, il faut que je serre Cette loyale main si ferme et si sincère !

Elle marche vivement k lai et lui prend la main, qu'elle presse avant qu'il ait pu s'en défendre.

A part.

La fuir depuis six mois et la voir tout à coup ! Haut.

Vous étiez là, madame ?,..

LA REINE

Oui, duc, j'entendais tout J'étais là. J'écoutais avec toute mon âme !

RUY BLAS, montrant la cachette.

Je ne soupçonnais pas... — Ce cabinet, madame...

LA REINE

Personne ne le sait. C'est un réduit obscur

Que don Philippe Trois fit creuser dans ce mur.

D'où le maître invisible entend tout comme une ombre.

Là j'ai vu bien souvent Charles Deux, morne et sombre.

Assister aux- conseils où l'on pillait son bien.

Où l'on vendait l'état.

Et que disait-il.^

LA REINE

Rien.

Rien ? — Et que faisait-il ?

LA REINE

Il allait à la chasse.

Mais vous! j'entends cncor votre accent qui menace. Comme vous les traitiez d'une haute feçon, Et comme vous aviez superbement raison ! Je soulevais le bord de la tapisserie, Je vous voyais. Votre œil, irrité, sans furie. Les foudroyait d'éclairs, et vous leur disiez tout. Vous me sembliez seul être resté debout ! Mais où donc avez-vous appris toutes ces choses ? D'où vient que vous savez les effets et les causes.^ Vous n'ignorez donc rien ? D'où vient que votre voix Parlait comme devrait parler celle des rois ? Pourquoi donc étiez-vous, comme eût été Dieu même. Si terrible et si grand?

Parce que je vous aime !

Parce que je sens bien, moi qu'ils haïssent tous. Que ce qu'ils font crouler s'écroulera sur vous ! Parce que rien n'effraie une ardeur si profonde, Et que pour vous sauver je sauverais le monde ! Je suis un malheureux qui vous aime d'amour. Hélas! je pense à vous comme l'aveugle au jour. Madame, écoutez-moi. J'ai des rêves sans nombre. Je vous aime de loin, d'en bas, du fond de l'ombre j Je n'oserais toucher le bout de votre doigt. Et vous m'éblouissez comme un ange qu'on voit ! — Vraiment, j'ai bien souffert. Si vous saviez, madame! Je vous parle à présent. Six mois, cachant ma flamme, J'ai fui. Je. vous fuyais et je souffrais beaucoup. Je ne m'occupe pas de ces hommes du tout. Je vous aime. — O mon Dieu, j'ose le dire en face A votre majesté. Que faut-il que je fasse ? Si vous me disiez : meurs ! je mourrais. J'ai l'effroi Dans le cœur. Pardonnez !

LA REINE

Oh ! parle ! ravis-moi !

Jamais on ne m'a dit ces choses-là. J'écoute ! Ton âme en me parlant me bouleverse toute.

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