RUY BLAS, LE PAGE
RUY BLAS, à part, et se parlant k lui-même.
Que faire.'* — Elle d'abord! elle avant tout! — rien qu'elle!
Dût-on voir sur un mur rejaillir ma cervelle.
Dût le gibet me prendre ou l'enfer me saisir!
Il faut que je la sauve! — Oui! mais y réussir.^
Comment faire? Donner mon sang, mon cœur, mon âme.
Ce n'est rien, c'est aise. Mais rompre cette trame!
Deviner... — deviner! car il faut deviner! —
Ce que cet homme a pu construire et combiner!
Il sort soudain de l'ombre et puis il s'y replonge.
Et là, seul dans sa nuit, que fait-il.'* — Quand j'y songe.
Dans le premier moment je l'ai prie pour moi !
Je suis un lâche, et puis c'est stupide! — Eh bien, quoi!
C'est un homme méchant. — Mais que je m'imagine
— La chose a sans nul doute une ancienne origine, — Que lorsqu'il tient sa proie et la mâche à moitié.
Ce démon va lâcher la reine, par pitié
Pour son valet! Peut-on fléchir les bctcs fauves.'*
— Mais, misérable! il faut pourtant que tu la sauves! C'est toi qui l'as perdue! à tout prix il le faut!
— C'est fini. Me voilà retombé! De si haut!