ACTE IV. — DON CÉSAR
DON GURITAN.
Pour comble d'audace, Tout à l'heure il m'envoie un laquais à sa place. Pour l'excuser! dit-il. Un dresseur de buffet! Je n'ai point voulu voir le valet. Je l'ai fait Chez moi mettre en prison, et je viens chez le maître. Ce César de Bazan! cet impudent! ce traître! Voyons, que je le tue! Où donc est-il?
DON CÉSAR, toujours avec gravité.
C'est moi.
DON GURITAN.
Vous! — Raillez-vous, monsieur .^^
DON CÉSAR
Je suis don César.
DON GURITAN.
Quoi!
Encor!
DON CÉSAR
Sans doute, encor!
DON GURITAN.
Mon cher, quittez ce rôle.
Vous m'ennuyez beaucoup si vous vous croyez drôle.
DON CÉSAR
Vous, vous m'amusez fort et vous m'avez tout l'air D'un jaloux. Je vous plains énormément, mon cher. Car le mal qui nous vient des vices qui sont nôtres Est pire que le mal que nous font ceux des autres. J'aimerais mieux encore, et je le dis à vous. Etre pauvre qu'avare et cocu que jaloux. Vous êtes l'un et l'autre, au reste. Sur mon âme. J'attends encor ce soir madame votre femme.
DON GURITAN.
Ma femnxe !
434 ï^UY BLAS.
DON CÉSAR
Oui, votre femme!
DON GURITAN.
Allons ! je ne suis pas Marie.
DON CÉSAR
Vous venez faire cet embarras ! Point marié ! Monsieur prend depuis un quart d'heure L'air d'un mari qui hurle ou d'un tigre qui pleure, Si bien que je lui donne, avec simplicité. Un tas de bons conseils en cette qualité ! Mais, si vous n'êtes pas marié, par Hercule! De quel droit ctes-vous à ce point ridicule ?
DON GURITAN.
Savez-vous bien, monsieur, que vous m'e3çaspére2 .^^
DON CÉSAR
Bah!
DON GURITAN.
Que c'est trop fort!
DON CÉSAR
Vrai.P
DON GURITAN.
Que VOUS me le paierez !
DON CÉSAR
Il examine d'un air goguenard les souliers de don Guriun^ qui disparaissent sous des flots de rubans, selon la nouvelle mode.
Jadis on se mettait des rubans sur la tête. Aujourd'hui, je le vois, c'est une mode honnête, On en met sur sa botte, on se coiffe les pieds. C'est charmant!
DON GURITAN.
Nous allons nous battre !
DON CÉSAR, impassible.
Vous croyez ?