PREMIÈRE PARTIE. — L'AÏEUL
LE CAPITAINE
Puis les bourgeois de Linz, dont la frayeur est grande. Vous demandent quartier.
HATTO
Pillez! pays conquis.
LE CAPITAINE
Et ceux de Rhens ?
HATTO
Pillez!
Le capiuine sort.
LE BURGRAVE DARIUS, abordant Hatto» le verre k la main.
Ton vin est bon, marquis!
Il boit.
HATTO
Pardieul je le crois bien. C'est du vin decarlate. La ville de Bingen, qui me craint et me flatte. M'en donne tous les ans deux tonnes.
LE DUC GERHARD
Rcgina, Ta fiancée, est belle.
HATTO. -
Ah! l'on prend ce qu'on a.
Du côté maternel elle nous est parente.
LE DUC GERHARD
Elle paraît malade }
HATTO
Oh! rien.
GIANNILARO, bas, au duc Gerhard.
Elle est mourante.
Entre un^capitaine.
LE CAPITAINE, bas, \ Hatto.
Des marchands vont passer demain.
HATTO, a haute voix.
Embusquez-vous.
Le capitaine sort. Hatto continue en se tournant vers les princes.
Mon père eût été là. Moi, je reste chez nous.
Jadis on guerroyait, maintenant on s'amuse.
Jadis c'était la force, à présent c'est la ruse.
Le passant me maudit, le passant dit : — Hatto
Et ses frères font rage en ce sombre château.
Palais mystérieux qu'assiègent les tempêtes.
Aux margraves, aux ducs, Hatto donne des fêtes
Et fidt servir, courbant leurs têtes sous ses pieds.
Par des princes captifs les princes conviés! —
Eh bien, c'est un beau sort! On me craint, on m'envie.
Moi, je ris! — Mon donjon brave tout. — De la vie,
En attendant Satan, je fais un paradis j
Comme un chasseur ses chiens je lâche mes bandits j ^
Et je suis très heureux. — Ma fiancée est belle.
N'est-ce pas? — A propos, ta comtesse Isabelle,
L'épouses-tu ?
LE DUC GERHARD
Non.
HATTO
Mais tu lui pris, l'an passé.
Sa ville, et lui promis d'épouser.
LE DUC GERHARD
Je ne sai... —
Riant.
Ah! oui! l'on me le fit jurer sur l'Évangile! — Bon! — Je laisse la fille et je garde la ville.
Il rit.
HATTO, riant.
Mais que dit de cela la diète ? — ^
LE DUC GERHARD, riant toujours.
Elle se tait.
HATTO
Mais ton serment ?. . .
LE DUC GERHARD
Ah bah!
Depuis quelques instants la porte du donjon k droite s*cst ouverte et a laissé voir quelques des rés d'un escalier sombre sur lesquels ont apparu deux vieillards; Tun âgé d*un peu plus de soixante ans, cheveux gris, barbe grise; Tautre, beaucoup plus vieux, presque tout k fait chauve avec une longue barbe blanche; tous deux ont la chemise de fer, jambières et brassières de mailles, la grande épée au côté, et, par-dessus leur habit de guerre, le plus vieux porte une simarre blanche doublée de drap d'or, et l'autre une grande peau de loup dont la gueule s'ajuste sur sa tête.