‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 278 sur 336 · LE MARGRAVE GILISSA · texte numérisé non relu

LE MARGRAVE GILISSA

C'est quelque mendiant!

LE BURGRAVE CADWALLA.

Quelque espion!

Arrière !

HATTO, )i la fenêtre.

Qu'on me chasse à l'instant ce drôle à coups de pierre!

LUPUS, GORLOIS et les pages jetant des pierres.

Va-t*en, chien!

MAGNUS, comme se réveillant en sursaut.

En quel temps sommes-nous, Dieu puissant! Et qu'est-ce donc que ceux qui vivent à présent ? On chasse à coups de pierre un vieillard qui supplie!

Les regardant tous en Face.

De mon temps, — nous avions aussi notre folie.

Nos festins, nos chansons... — On était jeune, enfin! —

Mais qu'un vieillard, vaincu par l'âge et par la faim.

Au milieu d'un banquet, au milieu d'une orgie.

Vînt à passer, tremblant, la main de froid rougie.

Soudain on remplissait, cessant tout propos vain.

Un casque de monnaie, un verre de bon vin.

C'était pour ce passant, que Dieu peut-être envoie!

Apres, nous reprenions nos chants, car, plein de joie,

Un peu de vin au coçur, un peu d'or dans la main,

Le vieillard souriant poursuivait son chemin.

— Sur ce que nous faisions jugez ce que vous faites!

JOB, se redressant, faisant un pas, et touchant l'épaule de Magaus.

Jeune homme, taisez-vous. — De mon temps, dans nos fêtes,

Quand nous buvions, chantant plus haut que vous encor.

Autour d'un bœuf entier posé sur un plat d'or,

S'il arrivait qu'un vieux passât devant la porte.

Pauvre, en haillons, pieds nus, suppliant, une escorte

L'allait chercher ) sitôt qu'il entrait, les clairons

Éclataient j on voyait se lever les barons 5

Les jeunes, sans parler, sans chanter, sans sourire.

S'inclinaient, fussent-ils princes du saint-empire 5

Et les vieillards tendaient la main à l'inconnu En lui disant : Seigneur, soyez le bienvenu !

A Gorlois.

— Va| quérir l'étranger !

HATTO, s'inclinant.

Mais. . .

JOB, k Hatto.

Silence !

LE DUC GERHARD, k Job.

Excellence !

JOB, au duc.

Qui donc ose parler lorsque j'ai dit : Silence!

Tous reculent et se taisent. Gorlois obéit et sort. OTBERT, k part.

Bien, comte! — O vieux lion, contemple avec effroi Ces chats-tigres hideux qui descendent de toi 5 Mais, s'ils te font enfin quelque injure dernière. Fais-les frissonner tous en dressant ta crinière!

GORLOIS, rentrant, îi Job.

Il nionte, monseigneur.

JOB, k ceux des princes qui sont restés assis.

Debout!

A ses fils.

— Autour de moi!

A Gorlois.

kl!

Aux hérauts et aux trompettes.

Sonnez, clairons, ainsi que pour un roi!

Fanfares. Les burgraves et les princes se rangent k gauche. Tous les fîls et petitsfils de Job, k droite autour de lui. Les pertuisaniers au fond, avec la bannière haute.

Bien.

Entre par la galerie du fond un mendiant, oui paraît presque aussi vieux que le comte Job. Sa barbe blanche lui descend jusqu'au ventre. Il est vêtu d'une robe de bure brune li capuchon en lambeaux, et d'un grand manteau brun troué; il a la tête nue, une ceinture de corde où pend un chapelet k gros grains, des chaussures de corde )l ses pieds nus. Il s'arrête au haut du degré de six marches, et reste immobile, appuyé sur un long bâton noueux. Les pertuisaniers le saluent de la bannière et les clairons d'une nouvelle fanfare.

Depuis quelques insunts, Guanhumara a reparu k l'étage supérieur du promenoir, et elle assiste h toute la sc^nc.

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