‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 70 sur 336 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LA TISBE, ANGELO.

LA TISBE.

Ah! VOUS voilà, monseigneur. Vous cherchez quelqu'un?

ANGELO

Oui, Virgilio Tasca, à qui j'avais un mot à dire.

LA TISBE.

Eh bien, ctes-vous toujours jaloux?

ANGELO

Toujours, madame.

LA TISBE.

Vous êtes fou. A quoi bon être jaloux? Je ne comprends pas qu'on soit jaloux. J'aimerais un homme, moi, que je n'en serais certainement pas jalouse.

ANGELO

C'est que vous n'aimez personne.

LA TISBE.

Si. J'aime quelqu'un.

Qui?

LA TISBE.

Vous.

ANGELO

Vous m'aimez! est-il possible? Ne vous jouez pas de moi, mon Dieu! Oh! répétez-moi ce que vous m'avez dit là.

LA TISBE.

Je vous aime. (Il s*approche d*elle avec ravissement. Elle prend la chaîne quil porte

au cou.) — Tiens! qu'est-ce donc que ce bijou .^ Je ne l'avais pas encore remarqué. C'est joli. Bien travaillé. Oh! mais c'est ciselé par Benvenuto. Charmant! Qu'est-ce que c'est donc? C'est bon pour une femme, ce bijou-là.

ANGELO

Ah! Tisbe, vous m'avez rempli le cœur de joie avec un mot!

LA TISBE.

C'est bon, c'est bon. Mais dites-moi donc ce que c'est que cela.

ANGELO

Cela, c'est une clef.

LA TISBE.

Ah! c'est une clef. Tiens, je ne m'en serais jamais doutée. Ah! oui, je vois, c'est avec ceci qu'on ouvre. Ah! c'est une clef.

ANGELO

Oui, ma Tisbe.

LA TISBE.

Ah bien, puisque c'est une clef, je n'en veux pas, gardez-la.

Quoi! est-ce que vous en aviez envie, Tisbe ?

LA TISBE.

Peut-être. Comme d'un bijou bien ciselé.

l6o ANGELO.

ANGELO

Ohl prcnC2-la. (Il déuchc la clef du collier.)

LA TISBE.

Non. Si j'avais su que ce fût une clef, je ne vous en aurais pas parlé. Je n'en veux pas, vous dis-je. Cela vous sert peut-être.

ANGELO

Oh! bien rarement. D'ailleurs, j'en ai une autre. Vous pouvez la prendre, je vous jure.

LA TISBE.

Non, je n'en ai plus envie. Est-ce qu'on ouvre des portes avec cette cleflà ? elle est bien petite.

ANGELO

Cela ne fait rienj ces clefs-là sont faites pour des serrures cachées. Celle-ci ouvre plusieurs pones, entre autres celle d'une chambre à coucher.

LÀ TISBE.

Vraiment! Allons! puisque vous l'exigez absolument, je la prends. (Elle

prend la clef.)

ANGELO

Oh! merci. Quel bonheur! vous avez accepte quelque chose de moi! merci !

LA TISBE.

Au fait, je me souviens que l'ambassadeur de France à Venise, M. de Monduc, en avait une à peu près pareille. Avez- vous connu M. le maréchal de Montluc.^ Un homme de grand esprit, n'est-ce pas.^ Ah! vous autres nobles, vous ne pouvez parler aux ambassadeurs. Je n'y songeais pas. C'est égal, il n'était pas tendre aux huguenots, ce M. de Monduc. Si jamais ils lui tombent dans les mains! C'est un fier catholique! — Tenez, monseigneur, je crois que voilà Virgilio Tasca qui vous cherche, là-bas, dans la galerie...

ANGELO

Vous croyez ?

LA TISBE.

N'aviez- vous pas à lui parler ?

ANGELO

Oh! maudit soit-il de m'arracher d'auprès de vous!

JOURNÉE I. — LA CLEF. l6l

LA TISBE, lui montrant la galerie.

Par là.

ANGELO, lui baisant la main.

Ah! Tisbc, vous m'aimez donc!

Par là, par là. Tasca vous attend.

Angclo sort. Homodci paraît au fond du théâtre. La Tisbc court à lui.

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