LE MATIN
ODE
l 'aurore sur le front du jour iSeme Tazur, Tor et l'ivoire, Et le soleil , lassé de boire, Commence son oblique tour.
Ses chevaux , au sortir de Tonde , De flamme et de clarté couverts, La bouche et les naseaux ouverts , Ronflent la lumière du monde.
La lune fuit devant nos yeux ; La nuict a retiré ses voiles ; Peu à peu le front des estoilles S'unit à la couleur des cieux.
Desjà la diligente avette Boit la marjolaine et le thyn , Et revient riche du butin Qu'elle a pris sur le mont Hymette.
Je voy le généreux lion Qui sort de sa demeure creuse , Hérissant sa perruque affreuse , Qui faict fuir Endimion.
Sa dame , entrant dans les boccages , Compte les sangliers qu'elle a pris , Ou dévale chez les esprits Errant aux sombres raarescages.
Je voy les agneaux bondissans Sur ces bleds qui ne font que naistre ; Cloris , chantant , les meine paistre Parmy ces costaux verdissans.
Les oyseaux, d'un joyeux ramage , En chantant semblent adorer
Le Matin. 17^
La lumière qui vient dorer Leur cabinet et leur plumage.
La charue escorche la plaine ; Le bouvier , qui suit les sellions , Presse de voix et d'aiguillons Le couple de bœufs qui l'entraine.
Alix appreste son fuseau ; Sa mère , qui luy fait la tasche , Presse le chanvre qu'elle attache A sa quenouille de roseau.
Une confuse violence Trouble le calme de la nuict , Et la lumière , avec le bruit , Dissipe l'ombre et le silence.
Alidor cherche à son resveil L'ombre d'Iris qu'il a baisée , Et pleure en son ame abusée La fuitte d'un si doux sommeil.
Les bestes sont dans leur tanière , Ûui tremblent de voir le soleil. L'homme, remis parle sommeil, Reprend son œuvre coustumiere.
Le forgeron est au fourneau ; Oy comme le charbon s'alume !
Le fer rouge, dessus l'enclume, Estincelle sous le marteau.
Geste chandelle semble morte, Le jour la faict esvanouyr ; Le soleil vient nous esblouyr :
Voy qu'il passe au travers la porte !
Il est jour : levons-nous, Philis ; Allons à nostre jardinage.
Voir s'il est, comme ton visage, Semé de roses et de lys.
'7^ La Solitude.