‹ Œuvres complètesChapitre 41 sur 65 · A PHILIS · texte numérisé non relu

A PHILIS

STANCES

a ! Philis que le ciel me faict mauvais visage ! Tout me fasche et me nuit.

Et réservé l'amour et le courage, Rien de bon ne me suit.

Les astres les plus doux ont conjuré ma perte , Je n'ay plus nul soustien; La cour me semble une maison déserte , Où je ne trouve rien.

Les hommes et les Dieux menassent ma fortune ; Mais, en leur cruauté, Pour mon soûlas tout ce que j'importune Ce n'est que ta beauté.

Les traits de tes beautez sont d'assez fortes armes Pour vaincre mon mal-heur, Et dans la gesne , assisté de tes charmes, Je mourray sans douleur.

Dedans l'extrémité de la peine où nous sommes, Souspirant nuict et jour.

Je feins que c'est la disgrâce des hommes , Mais c'est celle d'amour.

Parmy tant de dangers , c'est avec peu de crainte Que je prends garde à moy, En tous mes maux, le subject de ma plainte C'est d'estre absent de toy.

Pour m'oster aux plus forts qui me voudroient poursuivre Je trouve assez de lieux.

Mais quel climat m'asseurera de vivre.

Si je quitte tes yeux.

Le soleil meurt pour moy, une nuict m'environne, Je pense que tout dort,

Stances. 193

Je ne voy rien, je ne parle à personne , N'est-ce pas estre mort?

STANCES

uandj auray ce contentement I^De te voir sans empeschement , jObject unique de majoye, 'Cher maistre de ma volonté, A quoy voudras-tu que j'employe Les heures de ma liberté ?

Je ne veux point servir de nombre, Suyvant après toy comme une ombre :

Dès qu'un maistre que j'aymois bien M'eut traitté dans ceste coustume , Les douceurs de son entretien Me tournèrent en amertume.

Il est vray qu'un sort malheureux Par un astre bien ténébreux Conduisoit le train de ma vie , Quand les Dieux, touchez de pitié, Malgré les hommes et l'envie , Me donnèrent ton amitié.

Depuis, un insensible orgueil De voir mes malheurs au cercueil M'a donné tant d'ingratitude , Que je ne puis sans déplaisir Permettre que la servitude Prenne une heure de mon loisir.

1^4 Stances.

STANCES

ue mon espoir est foible et ma raison confuse!

C'est bien hors de propos , Bruslant comme je fais, que mon esprit s'amuse A chercher du repos.

Les remèdes plus doux qui touchent à ma playe

Irritent ma douleur, Et je suis en fureur quand mon discours s'essaye

De ruyner mon mal-heur :

Car un si cher ennuy combat ma violence,

Je meurs si doucement, Que pour me secourir je ferois conscience

De parler seulement.

Phillis, dans les tourmens que ta rigueur me donne ,

Quoy que je meure à tort, Je me diray coulpable, afin qu'on te pardonne

L'injure de ma mort.

Amour a résolu que je sois ta victime ;

Mais que ta cruauté A son occasion ne fasse point de crime

Qu'avecques ta beauté.

Non , mon sort est meilleur : Phillis veut que je vive,

Et sans compassion Ne sçauroit endurer qu un déplaisir arrive

A mon affection.

On void sur son visage , animé de sa flame ,

Qu'elle a de la pitié , Et ma fureur me trouble où je vois que son ame

Entend mon amitié.

Je sçais bien que l'honneur et les loix de la vie

Combattent son désir, Et que sa chasteté résiste à mon envie

Avecques déplaisir,

Stances. igS

Son cœur , dans cet effort sauvant son innocence ,

Languit pour mon subject.

Et donne ses souspirs sans doute à mon absence,

Plustost qu'à son object.

Un rival me traverse; elle, qui s'en afflige,

Se defferoit de luy ; Mais la condition de ce fascheux l'oblige

De souffrir avec luy.

Cet amant importun , dont elle est offencée ,

Pesé à son entretien , Et recognoist assez qu elle a dans la pensée

Autre feu que le sien.

STANCES

on espérance refleurit, Mon mauvais destin, pert courage Aujourd'huy le soleil me rit Et le ciel me fait bon visage.

Mes maux ont achevé leur temps.

Maintenant ma douleur se range,

A la fin mes vœux sont contens :

Amour a ramené mon ange.

Dieux, que j'ay si souvent priez,

Sans me vouloir jamais entendre,

Je vous ay bien injuriez

D'estre si longs à me la rendre.

J'excuse votre cruauté ;

Je perds le soing de vous desplaire :

Le retour de ceste beauté

A tlny toute ma cholere.

196 A Madamoiselle de Rohan.

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