‹ Œuvres complètesChapitre 44 sur 65 · POUR MADAMOISELLE DE M · texte numérisé non relu

POUR MADAMOISELLE DE M

e suis bienjeuneencor, et la beauté quej'ayme Est jeune comme moy.

J'ay souvent désiré de luy parler moi-mesrae Pour luy donner ma foy.

J'obey sans contrainte à l'amour qu'il me donne.

Quelque désir qu'il ayt.

Et sans lui résister mon ame s'abandonne

A tout ce qui lui plaist.

Si pour luy tesmoigner combien je suis fîdelle

Il me falloit mourir ,

Pour Madamoiselle de M... 199

Quoy qu'on eust faict la mort mille fois plus cruelle ,

On m'y verroit courir.

Je jure mon destin et le jour qui m'esclaire

Qu'il est tout mon soucy , Et ce soleil si beau ne fait que me desplaire

Quand il n'est pas icy.

Lors que l'aube, en suivant la nuict qu'elle a chassée,

Espart ses tresses d or , Le premier mouvement qui vient à ma pensée,

C'est l'amour d'Alidor.

Je tascbe en m'es veillant à rappeler les songes

Que j'ay faict en dormant , Et dans le souvenir de leurs plaisans mensonges

Je revoy mon amant.

Mon esprit amoureux n'est point sans violence

Au milieu du repos ; Je le voy dans la nuict , et parmy le silence

J'entends ses doux propos.

Tous les secrets d'amour que le sommeil exprime ,

Mon ame les ressent, Et le matin je pense avoir commis un crime

Dans mon lict innocent.

De honte à mon resveil je suis toute confuse,

Et, d'un œil tout fasché.

Je voy dans mon miroir la rougeur qui m'accuse

D'avoir faict un péché. Je me veux repentir de cette double offence ,

Mais je ne sçay comment :

Car mon esprit troublé me faict une deffence

Que luy-mesme desment.

Dans mon lict désolé , toute moitte de larmes,

Je prie tous les dieux De mal traicter Morphée , à cause que ses charmes

Ont abusé mes yeux.

Hclas ! il est bien vray que je suis amoureuse.

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Et qu'en mon sainct amour Je me puis reputer l'amante plus heureuse

Qui soit en caste cour.

J'adore une beauté si vive et si modeste

Qu'elle peut tout ravir, Et qui ne prend plaisir d'estre toute céleste

Qu'afin de me servir.

Il a dedans ses yeux des pointes et des charmes

Qu'un tigre gousteroit, El si Mars luy voyoit mettre la main aux armes ,

Il le redouteroit.

Il va dans les combats plus fier qu'à la rapine

Ne marche le lyon, Et plus brave qu'Achille ardant à la ruine

Des pompes d'ilion.

C'est le meilleur esprit et le plus beau visage

Qu'on ayt encores veu , Et les plus généreux n'ont point eu d'advantage

Que mon amant n'ayt eu. La gloire entre les coeurs qui la font mieux paroistre

Faict estime du sien , Et les mieux accomplis ne le sauroient cognoistre

Sans en dire du bien.

Hors de luy la vertu dans l'ame la plus belle

Est comme en un tombeau , Et ses plus grands esclats sont moins qu'une estincelle

Au prix de ce flambeau.

Je pense, en l'adorant , que mon idolâtrie

A beaucoup mérité , Et j'aymerois bien mieux mettre à feu ma patrie

Que l'avoir irrité.

Dieux , que le beau Paris eut une belle proye î

Que cet amant fit bien Alors qu'il alluma l'embrasement de Troye

Pour amortir le sien!

StANC es. 201

0 mon cher Alidor, je suis bien moins qu'Heleine

Digne de t'esmouvoir; Mais tu sçais bien aussi qu'avecques moins de peine

Tu me pourrois avoir.

Il la fallut prier , mais c'est moy qui te prie ,

Et la comparaison De ses affections avecques ma furie

Est loing de la raison.

L'impression d'honneur et celle de la honte

Sont hors de mon esprit; La chasteté m'offence et paroist un vieux conte

Que ma mère m'apprit.

Jamais fille n'ayma d'une amitié si forte :

Tous mes plus chers parens , Depuis que j'ay conceu l'amour que je te porte

Me sont indifferens.

Ils auroient beau se plaindre et m'appeler barbare :

On me doit pardonner, Car vers eux je ne suis de mon amour avare

Que pour te la donner.

Reçois ma passion , pourveu que ton mérite

N'en soit pas offencé, Et vois que mon esprit ne te l'auroit escrite

S'il n'estoit insensé.

STANCES

aintenant que Phillis est morte.

Et que l'amitié la plus forte Dont un cœur fut jamais atteint Est dans le sepulchre avec elle , Je croy que l'amour le plus saint

202 Stances.

N'a plus pour moy rien de fidelle.

Cloris, c'est mentir trop souvent; Tes propos ne sont que du vent, Tes regards sont tous pleins de ruzes , Tu n'as point pour tout d'amitié ; Je me mocque de tes excuses Et t'aime moins de la moitié.

Je te voy tousjours en contrainte :

Il te vient tousjours quelque crainte; Tu ne trouves jamais loisir ; Dis plustost que je t'importune , Et que je te ferois plaisir De chercher ailleurs ma fortune.

Ne fais plus semblant de m'aymer , Et, quoy qu'il me soit bien amer De perdre une si douce flame , Si tu n'as point d'amour pour moy Je jure tes yeux et mon arae De ne songer jamais à toy.

Je t'allois consacrer ma plume Et te peindre dans un volume Sur qui les ans ne peuvent rien.

Sçache un peu de la Renommée Comme j'ay sçeu dire du bien D'une autre que j'avois aymée.

Mais cela ne te touche pas :

Les vers sont de mauvais appas; Un roc n'en devient point passible ; Ce sont de foibles hameçons Pour ton naturel insensible Que luy promettre des chansons.

Que veux-tu plus que je te donne , Aujourd'huy que Dieu m'abandonne.

Que le roy ne me veut pas voir , Que le jour me luit en cholere ,

A Cloris. 2o3

Que tout mon bien est mon sçavoir ?

Dequoy plus te pourrois-je plaire?

Si mon mauvais sort peut changer, Je jure de te partager Les prosperitez où j'aspire , Et, quand le Ciel me feroit roy.

Un présent de tout mon empire Te feroit preuve de ma foy.

Mais lu n'as point l'esprit avare , Et quelque dignité si rare Qu'un Dieu mesme te vint offrir.

Quelque tourment qu'il eust dans l'ame , Tu le laisserois bien souffrir Avant que soulager sa flame.

Quant à moy , las de tant brusler, Et si pressé de reculer , J'ay désespéré de la place.

La nature icy vaut bien peu, Qu'un front de neige, un cœur de glace, Puissent tenir contre le feu.

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