‹ Œuvres complètesChapitre 104 sur 475 · Éditeurs, de Cayrol et François · texte numérisé non relu

Éditeurs, de Cayrol et François

2. Voyez la lettre du 9 novembre à la duchesse de Saxe-Gotha (n° 3257). 3. Benoît XIV.

cesseurs lui eussent ressemblé, il n’y eût point eu de guerres de religion dans le monde,

Qui aurait dit qu’un marquis de Brandebourg aurait renvoyé d'un seul coup un roi de Pologne sur la Vistule, et fait douze mille mendiants sur le Rhône‘?

Aux Délices, 9 novembre.

Eh bien! madame, est-il vrai que ces Russes, ces Tartares marchent? Pourquoi donc les Francs, les Gaulois, ne marchentils pas? Est-il vrai que le primat de Pologne a dit à la diète que son roi était empêché, et que la diète s’est séparée sur-le-champ ? I] faut avoir la tête tournée pour vouloir régner sur ces gens-là. On bafoue leur roi, on pille sa maison, on le fait prisonnier, on lui donne à manger par une chatière, et les Polonais vont boire chacun chez soi. M. le comte d’Estrées vous a-t-il donné quelques espérances de redresser tant de torts? Mon Dieu! que je m'intéresse à cette bagarre! Votre cœur et le mien ont pris parti. Je suis fâché d’être si loin du théâtre où cette grande tragédie se joue. On sèche en attendant des nouvelles. M. de Broglie et M. de Valori? reviennent-ils? Le roi de Pologne est-il en sûreté? a-t-il un lit? est-il à Kœnigstein ? est-il à Varsovie? Le comte de Brühl s'est-il sauvé? M. de Brown a-t-il livré un nouveau combat? Tächez donc, madame, d’avoir des nouvelles d'Allemagne. Daignez m'en faire part. Il me paraît que Salomon-Manorin ? est le maître en Saxe comme à Berlin. L’Angleterre fera des efforts pour lui. Le nord de l’Allemagne lui fournira des soldats, Il y aura deux cent mille hommes de part et d'autre. Cette belle affaire n’est pas prête à finir.

Que dites-vous de Salomon, qui, étant à Dresde, dans le palais du roi de Pologne, se montrait à la fenêtre, ayant à ses côtés deux gros ministres luthériens ? Le peuple criait : Vivat! Ah! le saint roi!

On m'a promis une singulière pièce‘; mais oserais-je vous l'envoyer ? On craint son ombre en pareil cas.

1. La guerre de Saxe nuisait beaucoup à la fabrique de Lyon. 2. Le marquis de Valori, auquel est adressée la lettre 1717. 3. Allusion aux chansons qui coururent les rues de Versailles et de Paris à cette époque, et dans lesquelles Frédéric était appelé Mandrin. &. C'est la pièce de vers qui commence ainsi (Voyez tome X.\: O Salomon du Nord, etc.

Il fait un vent du nord qui me tue. Calfeutrons-nous bien, madame; point de vent coulis. Mille tendres respects à vous, madame, et à votre amie.

Aux Délices, près de Genève, 9 novembre.

Madame, madame, madame, la pièce que Votre Altesse sérénissime m’envoie est terrible ! Il est difficile d’y répliquer ; il est plus difficile encore de répliquer à cent cinquante mille hommes. Le jugement de ce grand procès est entre les mains du Dieu des armées. Qui sait si un jour la branche aînée...? Je me tais, madame, je me borne toujours à faire des vœux pour votre auguste personne. Je ne sais point où est le roi de Pologne ; j'ignore ce qu’est devenu le comte de Brühl* avec ses trois cents paires de bottes et ses trois cents perruques. On prétend que les Russes marchent. Vos États auront donc, au printemps prochain, trois ou quatre cent mille meurtriers dans leur voisinage ! Puissent Gotha et Altembourg être comme la toison de Gédéon, qui était sèche quand il pleuvait autour d'elle!

Cette guerre n’a pas la mine de finir sitôt. Aurait-on jamais pensé que l'Autriche, la France et la Russie, marcheraient contre un prince de l’Empire? Dieu seul sait ce qui arrivera. Le comte d’Estrées et l’intendant de l’armée de France doivent déjà être à Vienne. Ah! sans ma nièce, je serais à Gotha, je serais à vos pieds, et, de ce beau rivage, je contemplerais les tempêtes ; j’apprendrais de la bouche de Votre Altesse sérénissime ce qu’on doit penser de ces grands événements. On dit que M. de Broglie et M. de Valori retournent à Paris, et qu’on enverra à leur place quatre-vingt mille ambassadeurs. Et c’est une querelle de Canada qui ébranle ainsi l’Europe! Ah! que ce meilleur des mondes possibles est aussi le plus fou! Mais il faut aimer un monde dont Votre Altesse sérénissime est l’ornement.

Daignez, madame, agréer mon profond respect.

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