Éditeurs, Bavoux et François
Il n’y a que votre bonté qui puisse leur en donner. Conservez cette bonté, madame, à un serviteur attaché à Votre Altesse sérénissime avec le plus profond respect.
Aux Délices, 20 novembre 1756.
Votre souvenir m'est bien agréable, mon cher monsieur ; un malade n’est pas trop exact à répondre: mais je n’en suis pas moins sensible à vos succès, et à ce qui vous regarde. On a dû porter chez vous, depuis longtemps, l’exemplaire dont vous parlez. Il n’y a pas d'apparence que je puisse hasarder encore de nouveaux ouvrages pour votre théâtre: il vient un temps où l’on ne doit songer qu’à la retraite. Nous serions charmés, M. Denis et moi, de vous voir encore dans mon ermitage, que vous trouveriez assez embelli. Il faudrait que monseigneur de Villars vous engageât à faire un voyage à Marseille : la troupe aurait grand besoin de vos leçons, et il serait fort utile que les bons acteurs de Paris allassent tous les ans inspirer le bon goût en province. Nous vous faisons mille compliments, M» Denis et moi. V.
Aux Délices, 23 novembre.
Ah ! madame, je ne compte pas sur les Russes; qui les payerait ? Mais s'ils veulent se payer par leurs mains, ce seront de chers barbares. Dieu aide et bénisse Marie-Thérèse ! Mais je vois contre elle, au printemps, cent cinquante mille court-vêtus de Prussiens. traînant après eux les Saxons pour leur faire la cuisine; je vois les Hanovriens, les Hessois, et des guinées. Il fallait avoir mieux pris ses mesures ; toutefois j'espère encore en la Providence. Le dernier mémoire de Salomon, avec pièces justificatives‘, en impose beaucoup; il faut lui opposer des succès: les raisons ne donnent pas un pouce de terrain. On m'’a envoyé bien des papiers; tous sont inutiles. Vivons doucement. Prions Dieu pour Marie, vous, votre amie, et moi. Si vous savez quelque chose, souvenez-vous de l’ermite qui vous est attaché jusqu’au tombeau.
4. C'est le comte de Hertzberg, né en 1795, mort en 1795, qui est auteur du Mémoire raisonné sur la conduite des cours de Vienne et de Sarre, et sur leur: desseins dangereux contre le roi de Prusse, avec les pièces originales et justificalives qui en fournissent les preuves; 1756, in-4°.
Aux Délices, 28 novembre.
Je suis persuadé, mon ancien ami, que vous ne serez pas privé du petit legs que vous a fait M” de La Popelinièret. Son mari, qui en avait usé si généreusement avec elle, en usera de même avec vous. Il aime à faire des choses nobles. Je compterais autant sur son caractère que sur son billet. Je n’ose vous prier d’ajouter au petit paquet de livres que vous m’envoyez cette infäme édition de la Pucelle qu’on dit faite par La Beaumelle et par d’Arnaud *. Je ne devrais pas infecter mon cabinet de ces horreurs: mais il faut tout voir. Je me flatte que les honnêtes gens ne m’impuleront pas detelles indignités. En vérité, il faudrait faire un exemple de ceux qui en imposent ainsi au public, et qui répandent le scandale sous le nom d’autrui.
On me parle encore de je ne sais quels vers? qui courent contre le roi de Prusse. Ceux qui me soupçconnent me connaissent bien mal. C’est le comble de la lâcheté d'écrire contre un prince à qui on a appartenu.
Je vous fais mon compliment de quitter vos moines. I] n’y a que leur bibliothèque de bonne ; et vous avez à deux pas celle du roi, qui est meilleure.
Mes respects à M” de Sandwich ; je crois qu’elle n’est pas fachée des humiliations que les whigs essuient. La France joue à présent un beau rôle dans l’Europe. On sent encore mieux cette gloire dans les pays étrangers qu’à Paris. On entend la voix libre des nations : elles parlent toutes avec respect, jusqu'aux Anglais mêmes; il leur manquait d’être humbles.
Adieu ; la goutte et la calomnie me tracassent. Je vous embrasse.
Aux Délices, 28 novembre.
Comment voulez-vous, mon cher ange, que je fasse des Zulime et des chevaleries, quand les calomnies de Paris viennent me